 Je cherchais sans succès un extrait du recueil de poème "Au cœur du monde", de Blaise Cendrars, recueil que j'ai dû égarer au fond de ma bibliothèque, depuis qu'une main féminine a eu la douce attention de la ranger de fond en comble... à moins que je ne l'ai prêté, avec enthousiasme, à un ami qui ne le lira jamais et chez lequel il doit prendre la poussière!
Voici donc un autre extrait, moins ludique, mais tout aussi intéressant, de Blaise Cendrars , qui fit la guerre de 14, en tant que légionnaire et qui perdit une main à cette occasion.
Je tacherai d'évoquer ce poète, romancier et voyageur, trop peu connu désormais, dans quelques temps.
"… Et voilà qu'aujourd'hui j'ai le couteau à la main. L'eustache de
Bonnot. « Vive l'humanité ! » Je palpe une froide vérité sommée d'une
lame tranchante. J'ai raison. Mon jeune passé sportif saura suffire. Me
voici les nerfs tendus, les muscles bandés, prêt à bondir dans la
réalité. J'ai bravé la torpille, le canon, les mines, le feu, les gaz,
les mitrailleuses, toute la machinerie anonyme, démoniaque,
systématique, aveugle. Je vais braver l'homme. Mon semblable. Un singe.
OEil pour oeil, dent pour dent. À nous deux maintenant. À coup de
poing, à coups de couteau. Sans merci. Je saute sur mon antagoniste. Je
lui porte un coup terrible, La tête est presque décollée. J'ai tué le
Boche. J'étais plus vif et plus rapide que lui. Plus direct. J'ai
frappé le premier. J'ai le sens de la réalité, moi, poète. J'ai agi.
J'ai tué. Comme celui qui veut vivre."
Blaise Cendrars, Nice, 3 février 1918
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