"Dieudonné fait de moins en moins rire" nous dit-on, et surtout
pas les juges devant lesquels il est appelé à comparaître, ce dont tout
un chacun se félicite, après son renvoi devant le tribunal,
suite à une enquête.
Et il était attendu, ce renvoi devant le
tribunal... Dieudonné, qui avait invité sur scène le tristement célèbre
Faurisson, avait dès lors fait l'objet d'une enquête de la Brigade de
répression de la délinquance contre la personne (BRDP), rien que cela!
Une dépêche AFP relate comment le parquet a "engagé des poursuites
pénales à l'encontre de Dieudonné Mbala Mbala des chefs d'injures
commises à l'encontre d'un groupe de personne à raison de leur origine
ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une
nation, une race ou une religion déterminée, en l'espèce des injures
antisémites".
Ah! Ouf! Notre pays ne saurait accepter "l'intolérable". Faurisson
n'est pas fréquentable, il le restera. Tout le monde le sait, ou
plutôt, la plupart des gens viennent de découvrir le personnage, après
son invitation au spectacle de Dieudonné. Mais l'humoriste, qui ne
l'était déjà plus tant (fréquentable), après ses condamnations devant
les tribunaux, après différents propos qu'il a tenu, ne l'est plus du
tout.
Et pourtant... Pourtant je m'interroge.
Bien sûr il n'est pas très malin d'inviter Faurisson à un spectacle,
fût-ce pour lui remettre le prix de "l'infréquentabilité", mais il est
également évident qu'il s'agissait d'une provocation. Une provocation
qui a manifestement bien réussi et plus particulièrement auprès des
personnes visées par Dieudonné, c'est à dire les associations
anti-racistes, dont c'est le fond de commerce. Le comique a également
déclaré qu'il n'était pas d'accord "avec tout" ce que disait Faurisson,
notamment au sujet de l'île de Gorée. Il s'agit bien sûr d'une
provocation supplémentaire mais qui met en rapport deux
"victimisations".
Dieudonné a fait fort ce jour-là. L'on se souvient que l'humoriste a
demandé à la salle d'applaudir le plus fort possible. Dans la foule qui
acclame, des huées se font aussi entendre. il n'est pas sûr que la
salle connaisse Faurisson : demandez à une salle d'applaudir, elle le
fera, c'est même pour cette raison qu'elle est venue. Cela se produit
tous les jours dans les enregistrements télévisuels, la plupart du
temps pour tout et n'importe quoi.
Cependant, autant que l'on puisse en juger avec la vidéo, il n'y eut
pas d'appel aux meurtres et pas de propos racistes, et même sur la
question de la "négation", Faurisson et Dieudonné se sont montrés
particulièrement prudent dans leurs propos.
Ce qui cantonne, autant que l'on puisse en juger, les services de la
BRDP a enquêter sur un délit d'opinion, non pas celui de Faurisson pour
lequel l'affaire est entendue, puisqu'elle est punie par la loi de
fait, mais sur celle de Dieudonné, qu'il n'a pas exprimé en public,
même s'il a été précédemment condamné pour des "faits" similaires.
Rappelons-nous que dans un premier temps, c'est un scketch de
l'humoriste, grimé en juif et faisant le salut nazi qui avait mis le
feu aux poudres. La comparaison avait quelque chose de scandaleux, mais
elle avait déjà été faite par un juif, Yeshayahou Leibowitz, qui avait
même parlé de "judéo-nazis",
tout en remettant en place sa kipa sur son crâne, au sujet des
relations entre Israël et la Palestine, tout comme Dieudonné, mais le
plus sérieusement du monde pour ce qui le concernait.
Dieudonné nie-t-il le génocide organisé pendant la guerre? Peut-être,
l'on en est pas sûr! Est-il bien normal de mettre en branle le système
policier et judiciaire pour s'assurer d'une opinion non exprimée?
Est-ce bien conforme à l'esprit de nos lois? Et surtout, cela ne
représente-t-il pas un danger pour l'avenir?
Dieudonné affirme et c'est sans doute vrai, avoir été tabassé aux
cris de sale nègre, aux Antilles, par des israéliens qui auraient fait
le voyage uniquement pour cela, il y a quelques années.
Cet article ne cherche pas à prendre position pour ou contre Faurisson,
Dieudonné, Israël, la Palestine, ni même sur la véracité de la Shoah,
qui est plus que largement admise.