Décidément la politique ressemble de plus en plus à une sinistre
farce et le spectacle de la campagne européenne qui vient de se
dérouler, ainsi que son résultat, ne nous inspirera pas le contraire.
Sans doute y eut-il quelques élans chez les uns et les autres qui m'ont
alors fatalement échappé, du moins rien n'a su toucher le public sur
son propre sort, ni même l'intéresser de près ou de loin aux rouages de
ce grand machin qu'est l'Union européenne.
Le débat ne volait pas bien haut non plus. Il y eut peu (ou pas?)
de traits d'esprit, cette spécialité pourtant toute française, là où un
petit mot fait parfois la différence. Mais notre époque est plus
idéologique et plus technique que ce fut le cas par le passé. On ne
fait plus d'esprit, on n'improvise pas, en témoignent les fameux
prompteurs de nos politiciens. L'esprit n'est plus nécessaire, il
suffit de savoir lire.
Même la plus petite répartie est sanctionnée. Il ne faut pas sortir des
sentiers battus, sans quoi l'on est aussitôt sanctionné par le reste de
la famille politique. Le linge sale, chacun le sait, se lave en
famille... Mais le plus marquant de cette élection est certainement
l'inversion des valeurs qui peut y être constaté.
Tout d'abord, le débat
François Bayrou et Cohn Bendith a retenu le plus particulièrement
l'attention du public et de fait, il a été particulièrement médiatisé.
Taxé de minable par son adversaire et subissant régulièrment des
attaques à caractère personnel, le président du modem a cru pouvoir
répondre sur certains écrits parfaitement nauséabonds, concernant les
enfants, dont se rendit coupable, par le passé, le candidat écologiste.
Il faudrait pouvoir s'amuser de l'aventure de François Bayrou, qui
avait su se mettre tout le monde politique à dos, sauf les électeurs,
selon lesquels il savait faire la synthèse entre les différents
courants. Attaqué personnellement, il avait une bonne réplique,
cinglante, également à caractère personnel. Il n'avait sans doute pas
prévu qu'une icône de mai 68 restait inattaquable et que la morale ne
serait pas de son côté, d'autant que ses adversaires n'attendaient que
cela.
On a même pu dire par la suite, que les préférences sexuelles ne
devaient pas être évoquées, comme si l'attirance envers des enfants
était une simple "préférence sexuelle", on a même pu dire que tout cela
était ancien et contextuel, comme si certains sujets étaient affaire de
contexte. Ici ce n'est plus une question de contexte mais une question
de personne. François Bayrou n'est que l'héritier de Giscard, son
adversaire est l'héritier de mai 68. On n'est pas sûr que mai 68 amène
forcément à cela, sans quoi il faut s'en défaire de suite...
On s'amuse, ou pas, du parti-pris des journalistes qui a permit de
sonner l'hallali... Heureusement que le pape n'a pas, dans le passé,
déclaré le quart du tiers de la moitié de ce qu'à pu dire Cohn Bendit!
La presse en parlerait à profusion, en rappelant ce qu'il a dit du
préservatif, exagérant les choses...
C'est aussi dans le cadre de la campagne
européenne que Dieudonné a pu être pointé du doigt, pour antisémitisme.
Son parti "antisioniste" y est aussi pour quelque chose, un parti dont
on se demande quel intérêt a son sujet dans une campagne purement
européenne... Toutefois la vidéo, dans laquelle il déclare, à propos de
Pascal Bernheim, "le puissant lobby des youpins sionistes qu'il
représente est voleur, raciste et menteur. J'ajoute que je l'emmerde
profondément, lui et toute sa clique d'enculés", a été parfaitement
décriée, par une presse qui a fait l'impasse sur les propos dont
Dieudonné a été victime.
La peau d'un nègre vaut-elle celle d'un youpin? il me semble qu'on ne
saurait en vouloir à Dieudonné de sa rancoeur, après le rejet de sa
plainte en Suisse. Pascal Bernheim avait plaisanté
de façon douteuse, disant qu'il était nègre, après une réplique selon
laquelle le candidat n'était pas très futé, ce qui assimilait les noirs
à des personnes mal pourvues intellectuellement. Si Dieudonné avait été
écologiste ou socialiste, tout un chacun aurait poussé de grands cris
et en tout premier les associations anti-racistes française (des associations suisses se seraient prononcées pourtant...), mais dans ce cas, il
n'en a rien été... Ici encore, ce n'est pas le principe qui est décrié,
c'est bien la personne.
Il eut été juste que Pascal Bernheim soit condamné, selon les règles en
court, même pour un euro symbolique. Ou alors les règles et les lois ne
veulent plus rien dire, si Dieudonné est poursuivi, ce qui est bien le
projet en cours... Il n'a fait que rendre la monnaie de sa pièce à
Pascal Bernheim, en précisant qu'il s'agissait d'humour... en réalité
un prêté pour un rendu. Il s'agit presque de légitime-défense, d'une certaine façon, sans vouloir défendre une personne, mais un simple principe.
En attendant, avec 60% d'abstention dans toute l'Union européenne, les
partis n'ont pas de quoi plastronner... Un 28% avec une participation à
40% ne fait que peu de chose, 20% et moins sont dérisoires, ce qui
n'empêche pas les uns et les autres de se réjouir! L'attitude la plus
juste serait pourtant de faire profil bas...