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Le blog de Blaise
dimanche 17 mai 2009, a 22:32
Benoit XVI en Terre Sainte, un voyage réussi

Il ne faut pas accuser la presse de tous les maux. Dans la véritable chasse à courre qu'elle mène à l'encontre de Benoit XVI, elle n'est pas seule responsable. Le Pape y a grandement sa part. Il n'a pas la larme à l'oeil pour un oui ou un non, ce qui passerait bien devant l'objectif, il ne bat pas sa coulpe pour tout et rien, de surcroît il est allemand, ce qui ne joue pas en sa faveur auprès de notre grande presse.

Pire que tout, le Pape est catholique et ne transige pas, mais pire encore, ses discours sont construits et demandent parfois plusieurs lectures pour être correctement compris. Non, décidément, ce Pape est trop fin et trop profond pour une presse mercantile, qui ne vit plus que par les scandales des uns et des autres. Une "bonne" information doit être marquante, rapide et simpl(ist)e pour être comprise au plus vite du plus grand nombre. Il n'alimente pas son fond de commerce, il n'est pas coopératif, sa voix est douce et il ne fait jamais de grands gestes...

Le voyage en Israël de Benoit XVI est un parfait exemple de ce traitement de l'information. Pour celui qui n'aurait pas été informé de cela, le Pape est allemand, il avait été enrôlé (de force, c'est une évidence) dans les jeunesse hitlérienne, il a fait un discours à Ratisbonne qui a fâché (à tort, on le verra) l'ensemble des musulmans, il a levé l'excommunication (parmi d'autres traditionalistes, à leur demande, mais pas particulièrement à celle de Williamsson qui fut sommé de se dédire...) d'un évêque négationiste et tout cela ne pouvait manquer de peser dans la balance médiatique, durant ce pèlerinage papale.

Ce faisant, le traitement de cette information aurait pu faire passer le lecteur à côté d'un grand voyage, parsemé de paroles de paix et de rapprochement  entre diverses religions.

Tout cela est à la fois drôle (et pour nous, tragique en même temps) du fait que cette façon de la traiter était à la fois partiale et incomplète, sans être totalement injuste, même si elle met totalement de côté certains sens du voyage du Pape, et notamment tout l'aspect de soutien moral à une communauté chrétienne en très grande difficulté dans cette partie du monde, eux qui y sont présents depuis si longtemps.

C'est d'ailleurs ce que le Pape a fait, en soutenant les chrétiens de terre sainte, en les appelant à persévérer et en les encourageant, tout en visitant divers lieux, tous plus marquant les uns que les autres. La situation était délicate, car c'est un environnement hostile qui les pousse à émigrer, ce sont les tensions entre les religions qui leur font une existence si difficile, dans certains pays. Le dialogue interreligieux s'y imposait d'autant plus qu'il est évident que cela est nécessaire.

Mais néanmoins la presse n'a pas tout à fait tort, car il fut question du discours de Ratisbonne en Jordanie à travers le prince Ghazi, dans un discours inédit et respectueux, très bien senti : "Je reçois en vous le pape Benoît XVI, vous dont le pontificat est caractérisé par le courage moral d'agir et de parler selon votre conscience, indépendamment des modes du moment, vous qui êtes aussi un maître théologien chrétien, auteur d'encycliques historiques sur les belles vertus cardinales de l'amour et de l'espérance, vous qui avez réintroduit la Messe traditionnelle en latin pour ceux qui le souhaitent et avez en même temps fait du dialogue interreligieux et intrareligieux la priorité de votre pontificat, pour répandre la bonne volonté et la compréhension entre toutes les populations de la terre."

En effet, le discours de Ratisbonne avait été le déclencheur d'un véritable dialogue entre des intellectuels musulmans et le Vatican, un dialogue fertile qui a posé Benoit XVI et certains intellectuels musulmans comme de vrais interlocuteurs. En Jordanie, Benoit XVI a reparlé des thèmes de Ratisbonne, tandis que le prince Ghazi défendait les valeurs de l'islam. Au cours de son discours, le prince qui a aussi évoqué les bienfaits du forum, lequel, "en se basant sur le Saint Coran et sur la Sainte Bible, a reconnu la primauté de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain à la fois dans le christianisme et dans l'islam".

La presse n'a pas eu tout à fait tort de soulever que le pape a "fait partie" des jeunesses hitlérienne et qu'il a connu le nazisme dans son pays natal, ce qui transparait dans ses discours, lorsqu'il dénonce ce type d'idéologie "sans Dieu". A Yad vaShem, c'était un pape qui s'exprimait, mais un pape qui avait lui aussi souffert de la terrible idéologie nationale-socialiste, dans son passé et dans sa culture. Dans son discours, il a su donner une dimension universelle et un sens à la tragédie vécue par les déportés juifs, à la véritable déshumanisation qu'ils ont vécue. Ce n'est pas pour rien qu'il a évoqué leurs "noms".

Mais le pape est allemand, et l'on aurait voulu qu'il batte sa coulpe jusqu'au sang, dans un pays qui doit en partie son existence à la tragédie qui s'est déroulée durant la dernière guerre mondiale. Le Rabbin Israel Meir Lau s'est dit déçu, tout en reconnaissant la beauté du discours. Il aurait souhaité plus d'émotion. Mais il faudra que tout le monde s'y fasse : Benoit XVI est le pape de la raison. Il a toutefois appelé au souvenir des victimes du nazisme. Les déportés juifs ne sont plus, mais leur sacrifice ne doit pas rester vain...

Face au Palestinien, seul le pape pouvait à la fois soutenir la création d'un Etat palestinien dans des frontières reconnues, condamner le mur érigé par le gouvernement israélien et appeler en même temps les palestiniens à renoncer au terrorisme, ainsi qu'à instruire de nouvelles générations pour un gouvernement futur, en paix avec ses voisins. Il n'avait pas négligé auparavant de rencontrer les parents du soldat Gilad Shalit, cet israelien détenu depuis 2006 par le Hamas...

Passons sur la diatribe anti-israelienne prononcé par un immam durant une conférence, d'autres images sont plus parlantes et témoignent d'une entente particulère entre divers intervenants politiques et religieux, notamment cette intervention, où l'on voit le pape, main dans la main avec un rabin et un imam.

Le voyage du pape est-il une réussite? Les résultats sont mitigés. Pour les chrétiens, c'est une certitude, mais parmi les autres communautés, les extrémistes n'ont pas toujours bien accueilli les discours du pape, orientés sur une entente entre les communautés. Peu importe d'ailleurs, car des bases nouvelles ont été posées, celles d'un respect réciproque entre diverses communautés.

On a pu dire que le pape manque de charisme. Et pourtant, avec sa démarche pleine d'humilité, avec sa voix douce et posée, son visage sérieux, mais qui sait s'illuminer, lorsqu'il rencontre des enfants dans quelque partie du monde que cela soit, le pape impose toujours sa marque, sans consessions, sans faux-semblant, et avec sa propre personnalité. L'on retiendra peut-être son discours de départ et de remerciement pour l'accueil qui lui a été fait.

Toujours est-il que ce voyage, miné au départ par une situation politique très tendu, est une véritable réussite...

Le site "Eucharistie miséricordieuse" est incontournable pour le voyage Apostolique du Pape, il réunit, notamment, tous ses discours.



samedi 11 avril 2009, a 13:05
Calomniez, il en restera toujours quelque chose...

C'est dans le sillage des journaux Golias, de Rue 89, et du Vif.be, que nombre de blogs et de sites internet ont repris la même nouvelle, dans des termes à peu près  similaires, laissant penser que Benoit XVI écrivait, par le passé, dans une revue dite d'extrême-droite. Golias y va de "L'étrange collaboration de Joseph Ratzinger avec la presse d'extrême-droite autrichienne", Rue 89 enfonce le clou avec pour titre "Quand Benoit XVI écrivait dans une revue facho", tandis que le Vif se fait plus sobre en titrant "Nouvelles révélations embarrassantes pour Benoit XVI". Plus sobre?

 
Si le titre de Rue 89 nous fait miroiter la suite d'un article révélant un passé engagé de pigiste "fasciste" pour le pape, déjà pointé du doigt (pour ne pas dire mis à l'index) pour avoir été enrôlé dans les jeunesses hitlériennes (sans y adhérer, cela est évident. On notera que les conversations sont rudes sur ce sujet), celui du Vif tend à insinuer de par les mots "nouvelles révélations" que ce n'est pas la première fois que le passé du pape ressurgit, et pour des révélations similaires. Des "révélations" : c'est à dire des évènements cachés et secrets, mais très embarrassants et confidentiels. Pour ce qui est de Golias, l'on se trouve là dans la confusion entre les récits journalistiques habituels et les nouvelles d'Edgard Allan Poe, déformation du texte initial en plus. Et de fait, les contenus sont à l'avenant.

C'est la revue Der Spiegel en date du 16 mars qui a lancé l'annonce, dans un article signé Gunther Latsch, un député vert autrichien, qui y dénonce la parution d'un article du cardinal Ratzinger dans une revue marquée à l'extrême-droite. En effet, à l'occasion d'un numéro spécial et hors série pour commémorer la révolution allemande de 1848, le journal Aula avait demandé l'autorisation de faire paraître ce texte. Dans ce numéro, parmi des auteurs douteux, l'article du cardinal parait... Le numéro spécial s'intitule 1848 – Erbe und auftrag ». (1848 – héritage et mission).

L'article du député vert autrichien, intitulé en allemand "Les mains sales", n'avait trouvé qu'un faible écho, certainement suite aux propos du pape sur le préservatif en Afrique, qui furent tant décriés dans la presse, avant que la réflexion ne soit reprise par des spécialistes, qui se félicitent désormais de son discours averti. On ne peut mener plusieurs cabales à la fois : dans une même parution, ce n'est guère rentable. Le journal d'extrême-droite en question, Aula, s'était fait tristement connaître par son soutien à un  négationniste, ce qui avait fait scandale, au point que même les partis d'extrême-droite autrichiens s'étaient désolidarisé du journal, ce qui est tout dire.

Ainsi la lecture de ces articles nous apprend que le mensuel autrichien d'extrême-droite, Aula, est connu (redisons-le) pour avoir défendu un auteur négationiste, et avait sollicité Benoit XVI en 1998, cardinal à l'époque, et que celui-ci avait accepté, par l'intermédiaire de son secrétaire, la parution de son article intitulé "critique de la démocratie", selon l'express et Golias, mais "Freiheit und Wahrheit" c'est à dire "Liberté et Vérité" selon Rue 89. Cet article avait déjà paru dans une revue catholique en 1995, du nom de "Communio".

Mais selon les journaliste de Rue 89, qui republie un second texte à la suite du premier (car des lecteurs s'étaient montrés très critiques sur le premier opus), le titre initial était bien "Critique de la démocratie" (bien que, curieusement, dans son autorisation, le secrétaire du cardinal lui donne pour titre "Freiheit und Wahrheit", autrement dit "Libertés et vérités", ce que relate le même journal), titre qui en lui-même fait déjà frémir les bonnes consciences et les belles âmes... Tocqueville a décidément été bien inspiré de ne pas naître à notre siècle!

Le pape, germanophone, ne pouvait ignorer le contenu de ce journal, nous dit-on. Un blogueur a rapidement fait une petite mise au point sur les "révélations" de ces différents journaux. En effet les écrits du pape sont nombreux, et paraissaient déjà sur divers journaux. L'article n'avait pas été écrit pour paraitre dans le journal Aula, mais sur un journal catholique. Le titre du tirage exceptionnel de ce journal (prenons soin de noter que la photo du pape est particulièrement malhonnête sur cette réclame, pour ne pas dire plus) est semblable à celui d'une revue bénédictine. Était-ce intentionnel? La revue Aula n'a rien de recommandable, ce n'est pas à exclure.

Le secrétaire du cardinal Ratzinger a pu faire une erreur d'appréciation en envoyant une autorisation de parution, parmi d'autres, au journal, en ces termes : « Très cher M. Reisegger ! En rapport à votre aimable courrier du 18 septembre 1997, je suis autorisé, sur ordre de M. le cardinal Ratzinger, à vous informer que ce dernier est d'accord pour que son texte, “Libertés et vérités” (Communio 24, pages 526-542), soit reproduit dans le mensuel Aula de la Freiheitlichen Akademikerverbände Österreichs. ».

Le titre du hors série du journal était parfaitement inhabituel, la confusion est compréhensible et ce type d'autorisation est un simple accord usuel. Un article a paru pour une revue douteuse. Un seul. Nous saurions déjà que de nombreux articles de Ratzinger sont dans ce cas si la réalité était là. Mais las! rien d'autre à nous mettre sous la dent... Même pas la signature personnelle du cardinal Ratzinger qui très certainement avait d'autres chats à fouetter (c'est une image, il ne fouettait pas de vrais chats, je précise...).

En outre, le texte de Benoit XVI n'a rien de répréhensible. Il s'agit d'une réflexion sur la démocratie et la liberté comme le dit fort bien Rue 89, qui décrit aussi des changements dans le texte disponible en anglais sur internet, donnant pour exemple les titres des chapitres, ce qui , chacun en conviendra, ne casse pas une patte à un canard.

La réflexion de Benoit XVI mérite le détour. Comme l'intellectuel accompli qu'il est, il commence sa réflexion par l'idée de la liberté dans la société actuelle et depuis l'époque des Lumières. Il pose comme préalable que la liberté individuelle est devenue l'impératif de notre époque, impératif incontournable et qui passe avant tout. Mais est-on vraiment libre sans des règles précises? Le droit, avec son aspect contraignant, n'est-il pas un préalable à la liberté? Qu'en est-il de la liberté de l'Homme, en rapport avec sa nature propre? N'est-elle pas en elle-même limitée, ne serait-ce que par le rapport avec l'autre, les autres? Et partant, de quelle façon est-il réellement juste de définir ses limites, par rapport à quoi? La société en elle-même?

Selon Benoit XVI, notre société ne peut plus se faire d'illusion sur les promesses de liberté des idéologies politiques et sociales. Il cite le nazisme et le marxisme. Plus loin il critiquera le libéralisme avec son cortège de chômeurs et sa marchandisation de toute chose.

Les exemples du texte repris par Rue 89 sont isolés, mais ne sont pas bien méchants. Le but en est de manifester à quel point la pensée du pape sur la liberté et la démocratie a une visée "conservatrice" :

« Il est assez courant et répandu d'avoir le sentiment que la démocratie n'est pas encore la bonne forme de liberté. La critique marxiste de la démocratie ne peut pas tout simplement être mise de côté : à quel point les élections sont-elles libres ? « Jusqu'où va la volonté par certains de manipuler l'opinion publique à travers la publicité, donc à travers le capital ? N'existe-il-pas une oligarchie qui décide ce qui est moderne et doit servir d'exemple, de ce qu'un homme éclairé doit penser ? « La cruauté de cette oligarchie, ses possibilités d'expression publique, sont connues depuis longtemps. Qui veut s'y opposer est ennemi de la liberté, parce qu'il handicape la liberté d'expression. »

Il suffit d'avoir lu Orwel et son fameux 1984 pour comprendre, en gros, ce que Ratzinger décrit ici. Ne sommes-nous pas influencés par les organes de presse, la répétition de certaines informations en boucle, par la désinformation pure et simple, par la publicité? N'y a-t-il pas dans nos vies de chaque jours des lobbies, des tentatives d'influence, notamment? Ne sommes-nous pas d'une époque, "prisonniers" de notre époque? Sommes-nous réellement libres dans ces conditions?

Mais achtung! C'est un crime impardonnable de remettre en cause le fonctionnement démocratique et libérale des sociétés modernes! N'oublions pas que le texte est en grande partie un texte philosophique. Nos journalistes ne citent pas l'un des premiers propos dans le texte du pape, qui n'a jamais été ambigu sur sa pensée concernant aussi bien le nazisme que le marxisme. Il dénonce la faillite de leurs promesses de liberté :

"Néanmoins, le fait que le système marxiste n'a pas fonctionné comme promis est manifeste pour tous. Personne ne peut encore sérieusement dénier que cet apparent mouvement de libération était, avec le national socialisme, le plus grand système d'esclavage de l'histoire moderne"

Et la véritable question que pose le cardinal Ratzinger est de savoir comment l'Homme peut être véritablement libre, individuellement et collectivement. Mais il ne propose pas d'alternative politique. Il faut une "purification" personnelle pour y parvenir nous dit-il, dans un sens moral. La notion de responsabilité ne peut s'affranchir de la vérité. Comment devenir libre? Le cardinal Ratzinger passe par dessus les idéologies collectives. Il a sa réponse, une réponse propre et toute chrétienne : "Seule la vérité nous rend libre".

Pour conclure, et que le lecteur nous excuse d'avoir fait aussi long, Il n'est pas sérieux d'aller prétendre que Benoit XVI écrivait dans une revue "fasciste" (il faudra que nous nous mettions tous d'accord un jour, le fascisme est mort depuis un bout de temps, et tant mieux!) et il serait bon qu'en ce domaine, lorsqu'il s'agit d'une personne de grande influence, les écrits soient un peu plus mesurés, chez les journalistes professionnels comme sur les blogs, qui méritent tous un peu mieux que ces dénonciations aléatoires.

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« La calomnie, monsieur ! vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien : et nous avons ici des gens d'une adresse !... D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando de bouche en bouche, il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ? »
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Le Barbier de Séville (1775), Acte II Scène VIII.

mardi 24 mars 2009, a 11:31
Quand la presse veut se payer le pape...

Ecce homo crie la presse. Dans la foule, de nombreux catholiques, "43%" d'entre eux selon un sondage paru pour le JDD. Ils hurlent comme les autres à l'égard du pape, ce qui fait dire à certains observateurs que le "pape se coupe de sa base". Ces observateurs ne sont pas des plus mauvais habituellement, mais ils s'égarent comme ç'en est désormais l'habitude, à voir le pape comme un chef de parti élu, d'un quelconque pays démocrate. Si le sondage est saugrenu. Il n'en a pas moins été commandé et diffusé.

En attendant, on se délecte : après la levée de l'excommunication des évêques traditionalistes, après l'excommunication autour de l'avortement pratiqué sur une fillette de neuf ans, viennent les propos du pape sur le préservatif, qui aggraverait selon lui la situation dans la prévention contre le sida. Aussi, bien sûr, la foule demandera Barabas... et la démission du pape.

Oui... Car tout cela rappelle les zheures les plus sombres de l'obscurantisme le plus ténébreux du moyen-âge! Car nous, en morale, nous nous y connaissons. Ce n'est pas à nous, qui vivons au XXIème siècle qu'on va en apprendre, même après les deux plus terrible guerres que la terre ait porté, il y a quelques dizaines d'années seulement! Nous ne sommes plus, justement, au moyen-age et le pape peut dire ce qu'il veut! Que dit-il au fait? Ah oui... mais qu'a-t-il bien pu dire?

En réalité, il n'a rien dit de bien spécial, qui n'ait pas déjà été dit, il a simplement rappelé les positions de l'Eglise, sans en ajouter. Tout a été monté en épingle par la presse et quelques associations, qui tout en étalant leur indignation se permettent de refaire parler d'elles, même brièvement, par une prise de position claire, même si elle reste convenue.

Tout d'abord, l'évêque négationiste, Robert Wiliamson, n'a pas été réintégré en tant qu'évêque, l'excommunication le concernant a juste été levée, ce qui signifie qu'il peut désormais, comme un simple fidèle, et guère plus, communier parmi les autres catholiques. On sait que depuis la position de l'Eglise a été claire sur le négationisme, qu'elle ne cautionne pas et le pape l'a redit : il ne savait rien des propos de "l'evèque" et les a condamnés fermement. La demande de levée des excommunications émanait des évêques traditionalistes eux-même. Cela n'enlève rien au fait que Vatican II devra être discuté, à nouveau, avec les évêques traditionalistes, Rien n'est donc encore joué pour une pleine réintégration.

 L'indignation autour de l'excommunication après l'avortement pratiqué sur une fillette de neuf ans est à nuancer largement, en suivant les faits, en suivant l'historique. Mais le sujet dépassait cette pauvre enfant, abusée par son beau-père. L'avortement des jumeaux est, dans la pensée de l'Eglise, un drame qui s'ajoute à un autre drame. Il ne s'agit pas d'un prêtre en habit, narines fumantes, père la vertu fulminant son excommunication sur une pauvre enfant. Elle ne l'a d'ailleurs pas été, à la différence de son entourage et de ses médecins.

 
Pour un avortement, l'excommunication est automatique... c'est ce qu'a rappelé l'évêque. Si les soins donnés à la fillette avait entrainé la perte des embryons, il n'y eut pas eu d'excommunication, c'est la volonté délibérée de le pratiquer qui est en cause. Il s'agit d'une règle stricte avec laquelle on ne transige pas. Pour l'Eglise, l'avortement est, ni plus ni moins qu'une sorte de meurtre, qu'Elle ne saurait tolérer. La chose n'est pas nouvelle. Elle n'empèche pas la compassion.

Mais il s'agit en soi d'un fait divers géographiquement lointain, autour duquel tout un chacun a émis une opinion. On ne connait pas l'enfant. Lui a-t-on demandé son avis à son âge? Il est à craindre que non. On ne lui avait rien demandé non plus auparavant. Le tout est sordide. Il se dit que sa santé n'était pas réellement en danger. L'accouchement se serait fait par césarienne, si la grossesse avait été menée à terme. Au Brésil, pays très catholique, un véritable bras de fer se joue entre pro et anti avortement et tout cela se joue bien au-dessus de cette petite infortunée, qui ne demandait sans doute pas tant de publicité autour de son malheur, un malheur dont tout un chacun se moquerait si l'on ne se servait pas de sa mésaventure.

Il sera utile de lire également ce que le pape a vraiment dit au sujet du préservatif. Ici aussi, il est dans la logique de l'Eglise, maniant les interdits, la compassion et la charité. Là non plus, rien d'extraordinaire, rien de nouveau.

En attendant, le pape s'est bien rendu en Afrique, où il a été chaleureusement accueilli. En attendant le pape y a dénoncé, au-delà de la guerre, la cupidité et la corruption, mais aussi les activités des multinationales, il a exorté les plus puissants des africains à aider les plus pauvres, il a appelé l'Afrique à devenir le continent de l'espérance. Si son appel a été entendu sur place, s'il a soulevé un véritable enthousiasme, si beaucoup d'efforts devront y être fait, c'est avec beaucoup de justesse que le constat a été dressé. Personne d'autre ne pouvait le faire aussi justement.

Et ce sera toujours un avant-gout du 2 ème Synode d'Afrique qui se tiendra en octobre. En effet, au-delà de l'usage du préservatif, au-delà de telle et telle récrimination de l'occident envers le pape, les prêtres d'Afrique sont plus proche des réalités africaines que ne le sont nos penseurs occidentaux et sont plus à même de dénoncer les travers de leur société, n'excluant pas même de faire leur auto-critique...

Ce sont ces réalités qu'ont masqué durant le séjour du pape les différentes prises de position des journaux français. Dans une époque qui aime tout simplifier, le pape est parfois trop complexe, il faut souvent bien l'écouter... à défaut, ses propos sont déformés et simplifiés. Car c'est bien une forme de mépris pour les "nègres" qu'ont vu la plupart des africains dans les discours autour du préservatif de l'occident. Et on ne peut que se joindre au pape pour souhaiter que l'Afrique devienne réellement le continent de l'espérance.

jeudi 19 mars 2009, a 16:53
De la nécessité de savoir tourner sa langue

La rapidité de l'information et sa disponibilité font qu'elle n'est pas toujours, sous couvert de neutralité, aussi nuancée qu'il n'y parait, d'autant qu'il faut qu'elle passe vite, faute de perdre une grande partie de son intérêt. Aussi est-elle, même lorsqu'elle est incomplète, diffusée le plus vite possible. On ne peut attendre. Le temps, dit-on, c'est de l'argent... 
 
Est-ce la raison pour laquelle les propos tenus par le pape, dans l'avion qui le menait en Afrique, cette semaine, en réponse à un journaliste qui l'interrogeait, ont été tronqués? Nul ne le sait! Mais une fois le propos déformé, la charge a été lancée. Ainsi le pape aurait dit "On ne peut pas régler le drame du sida avec la distribution de préservatifs, qui au contraire augmentent le problème"
 
Du moins, cette fois-ci, le pape a-t-il vraiment cité le mot "préservatif", contrairement à Jean-Paul II, vilipendé à l'époque par tous, avant de devenir une sorte de saint laïc, le jour de sa mort.  
 
L'information passée, l'ensemble de la presse l'a reprise et il devenait difficile de rétablir la vérité telle qu'elle a été. Ainsi chacun s'est senti obligé, dans le petit monde politico-médiatique français, de lancer une petite pique à l'intention du pape, le taxant de meurtrier ici, d'irresponsable là, le disant problématique dans l'ensemble, en tant que pape.
 
Peut-être, mais nous pourrions aussi nous interroger sur nos personnalités françaises. Pas un seul n'a attendu d'avoir le texte en son intégralité. Personne n'a cherché à savoir ce que le pape avait réellement dit. sans doute faut-il savoir hurler en même temps que les autres, à défaut, l'on est pas entendu.
 
Se félicitant d'abord de l'action des organisations catholiques, Benoit XVI  a simplement répondu à la question d'un journaliste concernant la position de l'Eglise : "La position de l'Eglise catholique sur la façon de lutter contre celui-ci (le sida) est souvent considérée comme n'étant pas réaliste et efficace" disait le journaliste.
 
Ce à quoi le pape a répondu, en prônant la responsabilité de chacun et la charité envers les malades, l'allusion au préservatif n'étant qu'une a-parté. Que le lecteur prennent son temps pour se faire une idée juste en allant lire la réponse de Benoit XVI, bien plus profonde que le propos qui lui est attribué.
 
Cette démarche médiatique et les réactions qui s'en suivent restent pourtant surprenantes. Peut-être faudra-t-il un jour expliquer que le pape est catholique, et qu'il ne prônera rien autre qu'un idéal chrétien de chasteté, avant mariage.
 
"Malgré" les déclarations des papes, il est à noter que les pays africains à tendance catholique sont parmi les moins touchés par cette maladie. Et, les africains n'ont pas attendu la presse française, pour accueillir chaleureusement Benoit XVI, notamment pour une grande messe à Yaoundé...

L'on peut parier que son voyage, comme aux Etats-Unis, comme en France, sera une véritable réussite.

jeudi 29 janvier 2009, a 14:10
Tempète dans les bénitiers

Ce ne fut d'abord qu'une rumeur qui s'échangeait d'un site à l'autre. Le Vatican allait lever l'excommunication concernant les évèques traditionalistes, plus habituellement désignés, dans les journaux de la grande presse la plus classique, sous le nom de lefebvristes ou "d'intégristes". Très rapidement la nouvelle fut confirmée : quatre évèques traditionalistes, excommuniés depuis 20 ans, allaient être réintégrés

 
Parmi les quatre évèques, figure Mgr Richard Williamson, qui est ouvertement négationniste, réduisant par là même le nombre de morts juifs du fait des nazis, à "200 000 ou 300 000",  et déniant leur existence aux chambres à gaz...
 
Le pape avait déjà donné des signes, laissant croire à un rapprochement entre l'Eglise et ses traditionalistes, notamment en facilitant le latin durant les messes, avec la liturgie dite de Saint Pie V, sans demande obligatoire aux évèques, généralement hostiles à ce type de démarche.
 
Cette nouvelle pouvait choquer les catholiques fidèles au Vatican dans la ligne du concile Vatican II, concile que les "traditionalistes" refusent. Ils refusent l'ouverture ainsi que le dialogue avec les autres religions et les nouvelles formes liturgiques, autel retourné, prière du prètre face à l'assemblée, langue vernaculaire...
 
A toutes ces raisons s'ajoute la politique. On attribue aux groupements traditionalistes une certaine proximité avec l'extrême-droite et les mouvements royalistes, voire avec un certain "pétainisme", mais aussi une certaine forme d'homophobie et d'antisémitisme. Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Saint Pie X , s'était déclaré pour Jean-Marie Le Pen, seul à l'époque à s'opposer à l'avortement.
 
Reste qu'il est simpliste comme cela apparait dans nos journaux, d'opposer une église progressiste et dans la lignée de Vatican II à une église traditionaliste, possédant des relents de nationalisme brutal, mâtinés d'un brin de nazisme supposé ici ou là. Les deux courants s'opposent à l'homosexualité comme n'entrant pas dans la procréation, les deux courants sont contre l'avortement...
 
La question est donc plus profonde qu'il n'y parait, contrairement à ce que pourrait laisser penser les déclarations de certains catholiques, qui battent leur coulpe en public, presse professionnelle et citoyenne comprises, jusqu'au sang, étalant leur honte... d'être "catholique", à travers des pétitions et des déclarations allant à l'encontre de la réintégration des traditionalistes.
 
Bien sûr, Mgr Richard Williamson est un personnage qui tient des propos troublants, dans lesquels ne se reconnaissent généralement pas les catholiques, pas même les traditionalistes. Benoit XVI, comme Mgr Bernard Fellay s'en sont expliqués, en se déclarant solidaire des juifs pour le pape et en interdisant à l'évèque Williamson les propos en public sur les sujets historiques et politiques, pour Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint Pie X.
 
Mais si la fraternité désobéit, elle ne renie pas le pape, c'est en ce sens qu'elle se dit non-shismatique. Pour autant, dans la lignée du catholicisme traditionnel, elle ne veut pas reconnaître d'autres religions, d'autres "vérités". Mgr Lefebvre ne s'était-il pas ému de voir, lors des rencontres inter-religieuses d'Assise, une statue de Bouddha sur le tabernacle, jugeant que cela contredisait le premier commandement : "Un seul dieu tu adoreras"?

Le principal reproche fait par les Lefebvristes, outre le fait que désormais Dieu est devenu "tutoyable", réside dans la façon de dire la Messe. Rappelons que depuis des siècles, la Messe catholique a pour but "le renouvellement non-sanglant du sacrifice de Jésus Christ". Pour les Catholiques, la Messe est le point centrale d'où tout part et tout revient.

Dans l'esprit du catholicisme, la Messe est un moment de communion des âmes entre les croyants, pour lesquels Jésus Christ n'est autre que l'Incarnation de Dieu en homme, Dieu-Homme qui se sacrifie pour sauver l'ensemble des hommes.

 N'entrons pas dans un débat qui n'a pas lieu d'être ici, c'est à dire la vérité, ou le fantasme de cette théorie. Le fait est que, pour un Catholique, la Messe représente ce sacrifice, et l'incarne.

Le latin fût utilisée, non pas comme langue du Christ, sachant que Jésus parlait l'araméen, mais comme langue officielle de l'Eglise. La langue latine avait la particularité de réunir les premiers croyants, dans un monde où l'empire romain tenait toute la place, au-delà des langues vernaculaires. Restée intacte, elle ne s'était pas altérée, comme toute langue pratiquée couramment. Elle représentait une forme d'unité entre les hommes.

Au fur et à mesure des conversions, le latin devenait la langue officielle de "ceux qui croient".

Un exemple illustre parfaitement l'intérêt de cette langue : Au cours de la 1ere guerre mondiale, dans l'enfer des tranchées, quelques uns ont organisé une trêve pour le jour de Noël. Allemands, Français, Anglais, Canadiens, assistèrent tous à la Messe, en latin, tous la comprirent. Tous communièrent, durant quelques instants, dans la même langue, transcendant cet instant par là-même, dans une véritable fraternité, par delà les antagonismes.

Mais au tutoiement du Christ, à la disparition de la "langue unitaire", vinrent, au grand regret des traditionalistes, s'ajouter la division par 5 du nombre de signes de dévotion (signes de croix, génuflexions ...), le remplacement des Autels surmontés de crucifix,  par des tables de pierre, posées devant les anciens Autels, le prêtre faisant dorénavant face aux hommes, tournant le dos à Dieu.

En effet, Vatican II a tourné l'Autel vers les hommes, là où la tradition considère que les hommes doivent se tourner vers Dieu, comme le prêtre, disant la messe, le fait dans ses célébrations, se mettant face à Dieu, comme les autres fidèles.

Mais Vatican II avait peut-être d'autres ambitions, dans un monde de plus en plus petit, où les catholiques n'étaient plus tous européens, mais de cultures diverses, dans un monde où le communisme athéiste occupait un large espace : se rapprocher des peuples non-européens. Dans les Evangiles, Jésus évoque le premier commandement : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force et de toute ta pensée" le mettant à égalité avec "tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Se rapprocher des hommes, se rapprocher de Dieu, deux façons de servir Dieu, deux faces du catholicisme, dans lesquels la tradition et l'après-Vatican II sont peut-être compatible, même si les prêtres d'après Vatican II perdent des fidèles, tandis que les traditionalistes en gagnent, même si, en s'aventurant au-delà des anciennes traditions, le catholicisme après Vatican II perd une bonne partie du sens qu'elle avait acquis avec le temps, par des messes plus dépouillés et plus libres, trop proches, selon les traditionalistes, du protestantisme.

Les évèques "réintégrés" ne le sont pas encore tout à fait, comme le dit un article du  journal "La croix". Tout n'est pas encore réglé. Ils sont les évèques intronisés par Mgr Lefèbvre en personne, pour transmettre la tradition de l'Eglise, telle qu'elle se vivait avant le concile et telle qu'elle est restée pendant si longtemps. Il est plus que symbolique de les réintégrer, mais il ne s'agit que d'un premier pas : la réconciliation n'est pas encore consommée, il leur faudra reconnaitre l'autorité du pape pour cela et reconsidérer le concile.

Savoir si l'un de ces évèques a le bonheur de plaire ou non aux juifs est secondaire dans cette réconciliation. Après la discorde au sujet du pape Pie XII, qu'un rabin défend dans son livre, en mettant en avant les rescapés des suites de son action, dans le mépris silencieux des grands journaux, cette nouvelle présentant le négationisme d'un évèque ne représente pas la pensée de Rome. Dieu seul sonde les reins et les coeurs...

Enfin la presse ne se base que sur des critères qu'elle édicte elle-même pour juger du catholicisme. L'élection du pape se transforme en plébiscite pour un pape originaire d'Afrique, elle émet des voeux (pieux, bien sûr...) pour l'ordination des femmes et demande le mariage des prètres... Elle devrait sans doute prendre la mesure des choses comme elles sont : le pape n'est pas un prince du monde, l'Eglise n'est pas un parti politique.

Enfin, l'antisémitisme de l'Eglise sonne trop souvent comme une farce : il va de soi que le christianisme, issu du judaïsme, ne lui est pas en tous points conformes. En cette année de commémoration de Saint-Paul, il sera redit que Saul, premier nom de Paul avant sa conversion, martyrisait les chrétiens. Si le judaïsme ne reconnait pas Jésus comme le Messie, il va de soi, que pour les chrétiens, le judaïsme est dans l'erreur... Cela n'empèche pas le dialogue... Le judaïsme n'est pas une race, c'est un courant religieux.
 
Mais comme le dit Mgr Fellay, dans son communiqué sur les propos de Mgr Williamson : "Il est évident qu'un évêque catholique ne peut parler avec une autorité ecclésiastique que sur des questions concernant la foi et la morale. Notre Fraternité ne revendique aucune autorité sur les autres questions. Sa mission est la propagation et la restauration de la doctrine catholique authentique, exposée dans les dogmes de la foi."
 
L'Eglise est en difficulté depuis Vatican II et cherche sans doute, à travers son unité, un nouvel élan. En son temps, Brassens chantait déjà "Sans le latin, la messe nous emmerde". En soi, les traditionalistes ne font qu'appliquer la tradition de l'Eglise jusqu'à Vatican II, il n'est donc pas illogique que Rome finisse par les reconnaitre, d'autant qu'ils se sont toujours déclarés dans sa lignée... ou tout au moins spirituellement fidèles à Rome, Rome qui pourrait leur trouver un statut spécial au sein de l'Eglise, si la réconciliation se confirme.
 
Que le lecteur nous pardonne d'avoir fait un peu long. On lira avec intérêt le billet très intéressant et très détaillé de Koz, qui de son côté ne se réjouit pas de ce rapprochement.
 
Merci à J-M S

lundi 15 septembre 2008, a 21:23
Benoit XVI, au parvis de Notre-Dame, le 12 septembre 2008

Tandis que Benoit XVI s'en retourne à Rome, une partie de la presse française est contrainte de changer de ton le concernant. Elle, qui l'avait beaucoup pointé du doigt (à défaut de le mettre à l'index...) pour son manque de charisme supposé, là où son prédécesseur réunissait les foules, émettant des doutes sur sa capacité à captiver les jeunes gens, évoquant un discours rétrograde, ce qu'elle fera encore pour évoquer les messes dites par le pape.

Elle doit bien se rendre à l'évidence : non seulement le pape a déclenché un enthousiasme franc, mais il a aussi gagné l'attention des intellectuels, ainsi qu'il avait su le faire aussi bien à Ratisbonne, à travers son discours mal compris de la plupart des observateurs (mais il n'est jamais trop tard pour se faire une idée... lien ) ou encore à travers ses encycliques. Le geste du pape n'est pas aussi ample et les foules, dit-on, ne sont pas tout à fait aussi denses que du temps de Jean-Paul II, mais elles n'en étaient pas moins fort attentives, y compris parmi les jeunes.

  
Et justement, vendredi soir, ils avaient rendez-vous avec lui devant la cathédrale Notre-Dame. C'était l'occasion, étant bloqué  le lendemain, jour de la messe aux Invalides, de m'y rendre également. Sachant que la station St Michel serait fermée à l'heure des vêpres, je quittai le RER station Chatelet, pour remonter par la rue de Rivoli jusqu'à l'île de la cité. Voyant la foule agglutinée de l'autre côté du pont, je décidai de couper à travers le marché aux fleurs, pour contourner tout ce monde, mais là, de la même façon, une petite foule s'était agglutinée, attendant d'être dirigée par des gendarmes et par rang de dix, d'être fouillée un peu plus loin.

Dans cette petite foule, composée en majorité de scouts, mais aussi de personnes de tous les âges, une vieille femme toute frêle et s'appuyant sur sa canne, interpelle les agents pour passer, mettant en avant son âge. Un gendarme la laisse passer, avant de s'amuser du ton sur lequel elle l'a interpellé. Elle a d'ailleurs plus d'énergie qu'il n'y parait et c'est avec une certaine vigueur qu'elle se rend au prochain arrêt, où tous les sacs sont fouillés. Des familles aussi attendent, avec des enfants, parfois avec une poussette. Un peu gêné du désordre de mon sac à dos, je préviens le gendarme : "Il y a de tout là dedans." "Pas de bombe?" répond-il, mi-figue, mi-raisin, dans un demi sourire.

Il est difficile sur le parvis de Notre-Dame de circuler, parmi les sacs des scouts et les gens assis à même le sol. Si les policiers sont nombreux, on les devine sereins : il ne s'agit que de gérer la foule et l'on constate rapidement qu'en réalité, tout ce monde s'est assis plus loin, sur le parvis, l'on y attend le pape, tout simplement, bannières (et livrets de prières) distribués par la chaîne kto à la main, pour les agiter le moment venu. Des bénévoles veillent à suppléer aux éventuels malaises parmi les personnes nombreuses ce jour-là. Les jeunes sont, pour la plupart, assis et regardent, sur l'écran géant, les vêpres en direct, dans la cathédrale.

S'ils ont poussé des clameurs en guettant l'arrivée du pape, c'est avec un certain calme qu'il verront les vêpres, sur les abords, les plus jeunes chahutent bien un peu, mais la fin des vêpres sonnant, l'impatience prédomine : Le pape sur les écrans salue les participants, il met un peu de temps à rejoindre les jeunes, suscitant l'impatience, avant d'être copieusement acclamé. Le discours venu, le silence est recueilli. Cela n'empêche pas les ovations sur certains points de son discours.

Et le pape, "rétrograde" selon certains journaux ne transige pas. " (...)Ces dangers sont semblables à ceux que nous connaissons aujourd'hui. Je ne citerais que les suivants : les querelles et les luttes au sein de la communauté des croyants, la séduction offerte par de pseudo sagesses religieuses ou philosophiques, la superficialité de la foi et la morale dissolue (...) Tous, vous cherchez la vérité et vous voulez en vivre ! Cette vérité, c'est le Christ. Il est le seul Chemin, l'unique Vérité et la vraie Vie. Suivre le Christ signifie véritablement « prendre le large »(...) Il est urgent de parler du Christ autour de vous, à vos familles et à vos amis, sur vos lieux d'études, de travail ou de loisirs. N'ayez pas peur ! Ayez « le courage de vivre l'évangile et l'audace de le proclamer ». La réponse des jeunes, mais aussi des moins jeunes, est claire : le pape est à nouveau ovationné. " L'Église vous fait confiance, je tiens à vous le dire !" continue-t-il, et lorsqu'avant de se séparer d'eux, il leur lance "Il est temps maintenant de commencer la veillée de prière pour laquelle vous vous êtes rassemblés ce soir. N'oubliez pas les deux trésors que le Pape vous a présentés ce soir : l'Esprit Saint et la Croix!" Lorsque le pape béni la foule, l'on distingue que chacun se signe. Le pape s'en retourne, ovationné à nouveau.

Au retour, de l'autre côté des quais, la foule est dense. L'on ne déborde pas les barrières métalliques, l'on chante parfois. Il faut du temps pour dépasser la foule, contenue aisément par les forces de l'ordre et parvenir à trouver un chemin dégagé pour sortir du boulevard à pied. Voici donc un pape dont le manque de charisme semblait évident à la majorité de la presse, mais pour lequel les jeunes, les moins jeunes, les familles, les curieux, bref, tout un chacun s'est déplacé pour l'ovationner. Les jeunes sont allés assister aux vêpres et le lendemain pour la messe des Invalides, il y aura plus de monde encore, 260 000 personnes y seront. Là encore le pape ne transigera sur rien, il restera désespérément "rétrograde" selon le reproche qui lui était fait, mais pire peut-être : le pape sera catholique...  Le traitement journalistique n'aurait pas été le même s'il s'était agi du dalaï lama ou de tout autre représentant d'une autre religion.

Le lecteur lira avec attention le discours du pape aux Bernardins  (et aussi l'article de Chantal Delsol  et aussi l'éditorial d'Étienne de Montety  ) , ainsi que les interventions de Benoit XVI aux Invalides  et à Lourdes (tous les textes de son passage en France sont disponible sur le site du Vatican



mardi 15 avril 2008, a 15:24
Visite de Benoit XVI aux Etats-Unis

C'est ce mardi que commence la visite du pape Benoit XVI aux Etats-Unis, visite qui se prolongera jusqu'au dimanche 20 avril. Lors de cette visite, le pape devrait rencontrer, hormis le prédisent qui l'accueillera à son arrivée, la conférence des évêques catholiques des Etats-Unis, le monde universitaire catholique, mais aussi les représentants d'autres religions (juives, protestantes, musulmanes, hindouistes...). Les deux évènement majeurs de son voyage seront sans aucun doute son discours à l'ONU et la prière qu'il fera au "ground zéro", à l'endroit même où se son effondrées les tours du world trade center. Il dira une messe au "Yankee Stadium", stade de plus de 55000 places avant de s'en retourner à Rome.
 
Cette visite de Benoit XVI est importante à divers titres. D'abord elle intervient dans un moment où les catholiques ne sont pas très à l'aise suite aux différents scandales qui l'ont frappé, autour des actes de pédophilie commis par des prêtres. De nombreux procès se sont tenus dans lesquels les évêques ont aussi été accusés, parfois à tort, d'avoir couvert les prêtres sous leur responsabilités. Cette situation bride l'Eglise américaine dans sa communication, c'est à peine si elle aurait osé élever un murmure lors de la guerre d'Irak, malgré son désaccord, dans un pays où les religions s'expriment.
 
Pourtant l'Eglise a beaucoup fait depuis et le nombre de plaintes n'a cessé de diminuer, même si les actions entreprises ne sont guère suffisamment couvertes dans l'actualité et peu connues. Il semblerait également que selon les statistiques, la pédophilie chez les prêtres en 2007ne concernerait que 0,01% des quarante mille sur le territoire en plaintes déposées, ce qui n'excuse en rien cet acte ignoble, mais qui reste à relativiser, notamment au regard des plaintes déposées contre 2500 enseignants du public depuis cinq ans, et qui ne seraient que le haut de l'iceberg puisque de nombreuses autres plaintes seraient en effet dissimulées par l'administration.
 
Benoit XVI pourrait redonner du souffle à cette église des Etats-Unis, l'une des plus grandes communautés catholiques au monde, derrière le Brésil. Lors de son discours aux Nations Unis, outre un discours sur les droits humains, il devrait évoquer la situation de l'Irak et transmettre un nouveau regard sur l'action des Etats-Unis dans le pays, préoccupé comme il l'a déjà déclaré à plusieurs reprises pour les chrétiens du Moyen-Orient, notamment pour les chaldéens. Sa prière au "Ground Zero" devrait aussi être fortement médiatisée et amener un équilibre autour de cette initiative. En outre cette communauté est particulièrement dynamique, composée en grande partie de nombreux hispaniques et particulièrement animée par des laïcs.
 
Georges Bush fera pour la première fois le trajet jusqu'à la base aérienne américaine d'Andrews pour revevoir un chef d'Etat, ici le pape. Il sera accompagné de son épouse et fera plus d'honneur au souverain pontife que n'en avait été fait à la reine d'Angleterre ne serait-ce que pour le nombre d'invités d'honneur à la réception. Il aurait notamment déclaré sur une chaîne catholique, pour ces honneurs rendus : "Parce que c'est une personne vraiment très importante à de nombreux égards. Premièrement, il parle pour des millions de personnes. Deuxièmement, il ne vient pas en tant qu'homme politique, il vient en tant qu'homme de foi. Et, troisièmement, je souscris tellement à cette notion que (...) dans la vie, il y a le juste et le mauvais, que le relativisme moral risque de saper les chances de sociétés faites de liberté et d'espoir, et je veux honorer ses convictions".
 

Par souci d'honnêteté,

L'information que je note plus haut est issue d'une source sérieuse, sur la pédophilie, mais une autre source sérieuse indique d'autres chiffres, je cite :

"Selon l'organisation "Bishop accountability" ("la responsabilité des évêques"), plus de 4000 prêtres, sur 42'000 aux Etats-Unis, ont fait l'objet d'une dénonciation pour pédophilie. Certains ont été poursuivis et condamnés, parfois pour des attouchements sur des dizaines d'enfants."

Si quelqu'un a des chiffres précis sur ces sujets, cela m'intéresse vraiment, y compris pour d'autres pays. Je suis en recherche aussi de chiffres plus large sur les églises dans le monde et d'articles dessus.

Si quelqu'un a quelque chose, merci par avance.

lundi 24 mars 2008, a 21:18
Islam/Vatican : je t'aime moi non plus

Le baptême de Magdi Allam par Benoit XVI ne peut que susciter de nombreuses réactions, non pas que la conversion d'un musulman soit quelque chose de rare (comme l'inverse est vrai), mais elle intervient à un moment clef du dialogue entre l'islam et le christianisme, plus particulièrement entre islam et Vatican. Si Ben Laden a récemment lancé des menaces contre le pape Benoit XVI, il n'est pas le seul interlocuteur actuel des services de diplomatie de l'Eglise. "Ce qui m'étonne, c'est l'importance que le Vatican a donnée à cette conversion" a déclaré le vice-président de la communauté religieuse islamique italienne.
 
Les déclarations de Magdi Allam sur l'islam sont sans équivoque. Éditorialiste au Corriere della Sera, 55 ans, il est né musulman et s'est longtemps décrit comme un musulman modéré, mais s'est beaucoup investi dans ses écrits en faveur d'Israel mais aussi des chrétiens d'orient, dénonçant le terrorisme en particulier et fustigeant aussi l'attitude molle des autres musulmans  à l'égard des débordements de l'islam intégriste, qu'il a toujours particulièrement dénoncé.
 
"J'ai dû prendre acte que, au delà (...) du phénomène des extrémistes et du terrorisme islamique au niveau mondial, la racine du mal est inhérente à un islam physiologiquement violent et historiquement conflictuel" a-t-il notamment écrit . Il ajoute que son "esprit s'est affranchi de l'obscurantisme d'une idéologie qui légitime le mensonge et la dissimulation, la mort violente qui conduit à l'homicide et au suicide, la soumission aveugle à la tyrannie, me permettant d'adhérer à l'authentique religion de la Vérité, de la Vie et de la Liberté" expliquant ainsi en partie son choix.
 
Magdi Allam est bien conscient du symbole que représente son baptême, pour lui le pape "a lancé un message explicite et révolutionnaire à une Église qui jusqu'à présent a été trop prudente dans la conversion des musulmans", et tout en rappelant que l'apostasie est punie de mort par les principaux théologiens musulmans, il insiste sur le fait qu'en Italie même des milliers de convertis se cachent de peur d'être assassinés.
 
On ne peut croire que ce baptême ait été donné par hasard à cet instant précis, la diplomatie vaticane est l'une des plus ancienne du monde et s'exprime rarement au hasard. De même que le baptême d'une chinoise durant les négociations de Rome avec Pékin n'est pas un hasard non plus. Mais celui de Magdi Allam est plus que symbolique, à divers égards. Il a été tenu secret jusqu'à la dernière demi-heure. Un message de Ben Laden, lourd de menaces, avait été diffusé il y peu, menaces pour l'Europe et le pape en particulier, mais qui  n'a manifestement pas beaucoup impressionné Benoit XVI. Il y est  accusé d'avoir joué un rôle dans la publication des caricatures, ce qu'un porte-parole du Vatican avait pourtant dénoncé : "Le pape et le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux ont condamné à plusieurs reprises cette campagne satirique contre l'islam".
 
Alors qu'une première église (quatre pourraient suivre) a été construite au Qatar il y a fort peu de temps et avec beaucoup de difficultés, sans droit d'afficher une cloche ou une croix sur l'édifice, le Vatican était en négociation avec l'Arabie Saoudite, seul État du golf à présent à ne pas en compter sur son territoire, mais un expert arabe avait estimé que pour que cette construction soit possible, le pape devait reconnaître Mahomet comme un prophète, ce qui revient bien sûr à ce qu'il se convertisse. L'Arabie Saoudite ne reconnaît en effet aucun chrétien sur son sol, où seuls des musulmans vivraient selon le gouvernement. Ils sont pourtant estimés à plus de quatre millions, étrangers pour la plupart, car pour un musulman il y est totalement interdit de se convertir, théoriquement sous peine de mort. Les éventuels conversions y sont donc tout à fait niées.
 
L'Observatoire de l'OCI a également remis son premier rapport au début du mois de mars, donnant sa définition de l'islamophobie pour mieux la combattre et dénonçant par la même occasion les opposants à la construction de mosquées en Europe. Lui aussi parle de Benoit XVI : " De nombreux incidents d'agression contre des Musulmans et de diffamation de l'Islam ont été notés dans un passé récent dont les plus outrageants sont les caricatures danoises, les propos du Pape Benoît XVI et les déclarations méprisantes d'hommes politiques occidentaux." Selon le rapport, ces déclarations sont des discriminations envers l'islam, rapport qui insiste sur le fait que l'islam n'a rien à voir avec le terrorisme  et qu'il est régulièrement insulté, mais qui ne joint pas à ses demandes de concessions venant de l'islam pour les autres confessions.
 
Les chrétiens connaissent en effet de nombreuses difficultés en terre musulmane, les coptes en Egypte, pays dans lequel Mohamed Hégazy est contraint de se cacher suite à sa convertion de crainte d'être assassiné, poursuivi par une fatwa, catholiques et protestants en Algérie  , les chaldéens en Irak avec encore dernièrement l'assassinat de l'archevêque de Mossoul  ce qui ne saurait toutefois masquer le véritable exode que connaissent ses chrétiens qui furent les premiers à habiter le territoire. Les exemples sont multiples, non pas seulement du fait de musulmans "intégristes" : les droits ne sont pas les mêmes pour les non-musulman sur certains territoires et figure sur la carte d'identité la religion du citoyen. Les conversions n'y sont par reconnus, sauf dans le sens de l'islam.
 
Ce baptême de Magdi Allam, Christian désormais, est-il une réponse? Quand l'islam demande toujours plus sur les territoire européens sans donner franchement en retour, les musulmans ne reconnaissant pas l'apostasie, condamnant parfois le convertit à mort, c'est pour le moins un signal fort du Vatican, signal qui n'est pas sans risque pour le nouveau baptisé, déjà sous protection policière depuis quelques temps : "Je réalise ce à quoi je m'expose mais je vais faire face à mon destin la tête haute et avec la force intérieure de quelqu'un qui est sûr de sa foi" a-t-il expliqué. Et il faut reconnaître qu'il a du courage...

lundi 21 janvier 2008, a 15:54
Une manifestation de soutien à Benoit XVI, après l'annulation de sa visite

Ils sont près de 200 000 à s'être réuni sur la place Saint-Pierre à Rome ce dimanche, en soutien au pape Benoit XVI, suite à l'annulation volontaire par sécurité de sa visite prévue initialement le 16 janvier à l'université de la Sapienza, où des manifestations laïcistes d'une soixantaine de professeurs, ainsi que de certains étudiants, qui avaient décrété un déjeuner social avec porc et vin à volonté. De leur propre aveu, les 200 000 personnes viennent soutenir le pape, mais aussi "la démocratie italienne". « Benoît XVI, on t'aime et on te fait confiance », et parfois « Le Christ, la vraie Sagesse », disent-ils, sagesse par opposition au nom de l'université (sagesse =sapienza). Les manifestations laïcistes ont parfois choqué en Italie, d'autant que le pape ne venait pas en position d'imposer, mais simplement, selon son discours, qui finalement a été envoyé malgré cela à l'université, donner simplement une "leçon".
 
Le 17 janvier, l'Osservatore Romano, publiait le texte intégral  que le pape aurait du prononcer, lui donnant pour titre: "Je ne viens pas imposer la foi, mais solliciter le courage de la vérité", entamant une série de témoignage de soutien au pape dans tout le monde italien. Le ministre de l'Université et de la recherche, Fabio Mussi,est intervenu pour dire: « Donner la parole au pape, ce n'est pas attenter à la laïcité ». « L'université est laïque, c'est-à-dire, a-t-il dit, libre, tolérante, ouverte. S'il y a un lieu où la règle est la parole, la parole de tous, c'est l'Universitas », et Le représentant des étudiants, Gianluca Senatore, a également expliqué: « Je veux exprimer le mécontentement sincère et profond de la très grande majorité des étudiants, laïcs et catholiques, croyants et non-croyants, du fait que Benoît XVI ne soit pas présent ici », le maire de Rome, repris par radio Vatican et l'agence "Zenit"  : "Vous qui enseignez dans une université prestigieuse, vous savez bien que le devoir de rappeler par les principes de votre discipline, quelle qu'elle soit, qu'il ne doit jamais arriver que l'intolérance enlève la parole à quelqu'un. En aucun cas (applaudissements) et encore moins lorsqu'il s'agit de thèmes qui ont à faire avec les droits universels de l'homme, et lorsque celui qui exprime une telle opinion est une figure comme Benoît XVI qui, pour des millions et des millions de personnes (applaudissements) du monde entier représente une référence spirituelle, culturelle et morale d'une très grande élévation et incontournable". D'autres réactions ont suivi, en soutien au pape, dans leur quasi totalité, et toute la presse italienne a voulu défendre la liberté d'expression, à ce sujet. 
 
Que s'est-il passé? Tout semble parti d'une parole attribuée au pape mais qu'il n'aurait jamais prononcée au sujet de Galillée, alors qu'il était cardinal en 1990, au cours d'une conférence à laquelle il était présent, dans la même université, et où il l'aurait justement défendu. Pour l'un des professeurs qui manifestait, la visite du pape représentait une "incroyable violation de la tradition d'autonomie des universités". Pourtant, à lire le discours de Benoit XVI, il venait en effet simplement disserter comme il le fit à Ratisbonne, où déjà on lui avait attribué une citation qu'il faisait. Dans ce contexte, le pape n'est pas "infaillible", il peut comme tout autre intervenant être contredit, et il ne se présentait pas non plus comme une autorité hiérarchique dans l'établissement. Son discours, qui finalement aurait dû ne pas dépasser l'enceinte de l'université, a été lu dans le monde entier à présent, et dans la soirée de sa parution avec le texte intégral de l'intervention prévue, l'Osservatore Romano était épuisé, et introuvable. Le pape y rappelle l'attachement du vatican à cet établissement, créé par un de ses prédécesseurs par le passé, et offre une réflexion sur sa propre présence en ces lieux. Qu'est ce qu'un pape  a à faire dans une université? Quel est son rôle en tant que pape? Quel est celui de l'université? Que peut-il apporter à la recherche de vérité dans une école, etc, etc. Le discours parle surtout de la recherche de la Vérité, et comme à Ratisbonne, il rappelle l'importance de la raison dans la foi, et de la foi pour la raison, notamment dans le domaine de l'éthique, après une réflexion sur l'histoire de la science, son utilité pour le christianisme et son histoire avec lui.
 
Quelques extraits du discours: "Le Pape parle comme le représentant d'une communauté de croyants dans laquelle, au cours des siècles de son existence, a mûri une sagesse déterminée de la vie ; il parle comme le représentant d'une communauté qui conserve en soi un trésor de connaissance et d'expérience éthiques, qui est important pour l'humanité tout entière : en ce sens, il parle comme le représentant d'une raison éthique." Et son discours finit par: "Je retourne ainsi à mon point de départ. Qu'est-ce que le Pape a à faire ou à dire à l'université ? Assurément, il ne doit pas tenter d'imposer aux autres de manière autoritaire la foi, qui peut seulement être donnée en liberté. Au-delà de son ministère de pasteur dans l'Eglise et sur la base de la nature intrinsèque de ce ministère pastoral, il est de son devoir de maintenir vive la sensibilité pour la vérité ; inviter toujours à nouveau la raison à se mettre à la recherche du vrai, du bien, de Dieu et, sur ce chemin, la solliciter à découvrir les lumières utiles apparues au fil de l'histoire de la foi chrétienne et à percevoir ainsi Jésus Christ comme la lumière qui éclaire l'histoire et aide à trouver le chemin vers l'avenir."
 
Le pape ne représente donc bien sûr pas un parti politique, mais juste une raison éthique dans ce cadre. Sur la place Saint Pierre, les 200 000 personnes ont ovationné un pape ému, tout au long de son discours, après l'angélus  "En tant que professeur émérite, explique-t-il, pour ainsi dire, qui a rencontré beaucoup d'étudiants tout le long de sa vie, je vous encourage tous, chers universitaires, à être toujours respectueux des opinions d'autrui et à rechercher  - ( Ndlr: longue ovation) -, avec un esprit libre et responsable, la vérité et le bien."
 
Les professeurs de l'université ayant manifesté leur opposition à la visite du pape, ne représentent que 65 professeurs sur 4500, et les étudiants qui les ont suivi ne représentaient qu'une petite minorité, suffisante toutefois à créer une gène à la venue du pape.

mardi 15 janvier 2008, a 22:30
Le pape contraint à renoncer à se rendre dans une université

Benoit XVI renonce à se rendre à l'université de la Sapienza, ainsi que cela était prévu initialement, suite à des manifestations de professeurs laïcistes, et d'étudiants anticléricaux. C'est le recteur de l'université qui avait lancé l'invitation au pape pour une intervention devant un auditoire choisi d'enseignants et d'étudiants, au sujet de l'engagement pour l'abolition de la peine de mort. Le pape devait après son intervention visiter une chapelle, mais les tensions autour de sa visite l'on conduit à y renoncer.
 
Plus de soixante professeurs ont signé un appel contre sa visite et un groupe d'étudiants a entamé une semaine anticléricale, avec la projection d'un film sur Galilée tout d'abord, pour sa condamnation par le Vatican par le passé, et selon la dépèche AFP, un "déjeuner social avec porc et vin à volonté". C'est un physicien renommé qui est en tête de file de ces différentes manifestations contre la venue du pape, considérant que l'université n'a pas à accueillir un représentant religieux, à ce titre, il évoque une "incroyable violation de la tradition d'autonomie des universités". Déjà Jean-Paul II lors de sa visite à l'université avait lui-même été copieusement sifflé par divers groupes.
 
Pourtant cette contestation est fortement décriée, par le chef du gouvernement italien,  Romano Prodi, qui annonce "Je condamne les gestes, les déclarations et l'attitude qui ont provoqué une tension inacceptable et un climat qui ne fait pas honneur à la tradition de tolérance de l'Italie". J'exprime une profonde amertume pour la décision du pape Benoît XVI, ainsi qu'une forte solidarité envers sa personne (...) Aucune voix ne doit être étouffée dans notre pays et à plus forte raison celle du pape", ajoute-il. De fait, Il est curieux de la part des manifestants d'avoir choisi un film sur Gallilée pour contester la visite du pape. Du temps où Joseph Ratzinger avait tenu une conférence en 1990 sur le site, il y avait défendu Galillée justement, et le déjeuner social avec porc et vin à volonté a de quoi surprendre: il n'y a pas d'interdiction particulière en semaine contre la viande porcine dans le catholicisme. S'imaginent-ils que le pape est musulman?
 
Les professeurs qui manifestent contre cette visite ne sont qu'une petite minorité, 65 sur 4500 se sont investis dans cette démarche. L'historien Ernesto Galli Della Loggia a déclaré à radio Vatican " La tolérance en Italie est encore une denrée rare et c'est triste qu'elle soit rare justement là où elle ne devrait pas l'être, dans les milieux intellectuels. Surtout, les universités, en Italie, continuent d'être des lieux où la tolérance n'est pas toujours mise en pratique. Qu'elle ne le soit pas de la part de groupes d'étudiants (groupes très minoritaires) nous le savons. Mais qu'il y ait des groupes de professeurs qui ne se reconnaissent pas dans une attitude de dialogue, c'est ce qui frappe un peu plus".
 
Dans le cadre de son déplacement, le communiqué de l'université annonçait "le pape Benoît XVI offrira une réflexion à la communauté universitaire et visitera la chapelle récemment restaurée". Il faut croire qu'un pape qui se donne la peine de discuter avec des universitaires, et qui visite une chapelle, cela fait trop pour nos professeurs, qui ne l'ont pas accepté... Il est regrettable toutefois qu'une petite minorité bloque ainsi une rencontre d'échange.
 
Le pape communiquera toutefois son intervention à l'université. Voir l'article de l'agence Zenit

mercredi 28 novembre 2007, a 22:52
Le pape et le sida

Bien que le dernier pape ait été mis en cause au sujet du sida en Afrique, accusé  d'avoir proscrit le préservatif alors qu'il n'en était rien, puisqu'il avait en effet simplement prôné l'abstinence et plus particulièrement le mariage, Benoit XVI a fait une déclaration dans le sens de la compassion envers les malades souffrants de cette terrible maladie. "Je me suis spirituellement proche" a-t-il déclaré à leur attention.
 
''Je suis spirituellement proche de ceux qui souffrent de cette terrible maladie, comme également de leurs familles, en particulier de celles touchées par la perte d'un conjoint. Je les assure tous de ma prière" a déclaré le pape "Je désire  en outre exhorter toutes les personnes de bonne volonté à multiplier les efforts pour arrêter la diffusion du virus HIV, à combattre les préjugés qui souvent frappent ceux qui en sont affectés, et à prendre soin des malades, spécialement lorsque ce sont encore des enfants''.
 
La déclaration du pape n'a rien de surprenant en soi, ce n'est pas la première fois qu'un pape se déclare solidaire des personnes qui souffrent, mais cette déclaration a son importance, si elle ne sera pas reprise par les grands médias, la parole du pape a au moins le mérite de reconnaitre, et de tenter de faire reconnaitre la souffrance des personnes atteintes de cette terrible maladie, y compris des enfants, parfois contaminés par leur parents, ou même par leur mère, au cours de la grossesse. Les malades sont par ailleurs parfois soumis au mépris de la société alentour, ainsi en Afrique il y a peu, des malades ont été enterrés vivant. 
 
Mais le pape est un pape, bien entendu, et c'est par la continence et l'abstinence sexuelle qu'il entend lutter contre le sida ainsi qu'il l'avait déclaré en Afrique ou lors de ces précédents voyages. L'audience du pape étant grandissante, cet appel à la compassion envers les malades du sida, à l'aube de la journée mondiale contre cette maladie,  n'est pas une petite déclaration, mais pourra trouver tout son effet, en espérant que cela soit le cas pour l'attitude des bien-portants envers les malades, mais aussi des malades envers les bien-portants, puisque le message a aussi ce sens...
 

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