Voici un entretien qui sera proposé très bientôt au journalisme citoyen. Je dois dire que je suis très heureux que Madame Sylvianne Spitzer ait accepté de répondre à ces quelques questions. L'entretien peut paraitre un peu long, néanmoins il me semble que les réponses qui y sont apportées méritent de passer un peu de temps à les lire.
La photo qui l'illustre est celle de Sylvianne Spitzer qui me l'a aimablement remise.
Tout
d'abord je tiens à remercier Madame Sylvianne Spitzer d'avoir si
aimablement répondu à cette série de questions, envoyées et renvoyées
par courriel interposé. Je précise qu'il n'est en aucune façon question
d'instrumentaliser la démarche de «SOS HOMMES BATTUS» ; cet entretien
n'ayant aucun autre but que celui de faire connaître une réalité trop
peu développée aujourd'hui dans notre pays. Selon la formule consacrée,
la violence niée fait d'autant plus mal et aucune raison ne justifie le
silence autour de la violence conjugale faite aux hommes.
Le lecteur, que cela intéresse, prendra aussi la peine de se renseigner sur l'association «SOS HOMMES BATTUS» à travers son blog et son forum,
dans lequel des femmes interviennent aussi, toujours à propos ; le but
n'étant pas d'opposer les hommes aux femmes dans une course à la
victimisation.
Je laisse la parole à Madame Spitzer, à travers l'entretien précité :
-Bonjour
Sylvianne Spitzer, vous êtes présidente et fondatrice de l'association
SOS Hommes Battus, mais également psychologue tenant cabinet,
criminologue et profiler, ainsi que présidente de l' Association
Nationale des "Profilers" et Analystes Criminels.
Pouvez-vous nous en dire plus sur vos activités professionnelles et associatives?
Eh
bien comme vous l'avez écrit, je suis psychologue en libéral. Je suis
par ailleurs criminologue et j'effectue une recherche doctorale dans le
domaine du profilage criminel.
Si je me recentre sur les victimes, j'en reçois en consultation dans le
cadre d'agressions diverses : agressions physiques, abus sexuels,
violences conjugales… J'ai créé en janvier 2008 l'association SOS
Hommes Battus afin de proposer une aide psychologique aux victimes de
la violence au féminin.
-Qu'est-ce qui vous a poussé à mettre en place l'association SOS Hommes Battus?
Tout
simplement parce que dans le cadre de mes consultations, j'ai rencontré
des couples au bord de la séparation qui s'inscrivaient dans cette
problématique particulière. Lorsque j'ai voulu orienter ces hommes vers
une aide plus adéquate, je me suis aperçue qu'il n'existait rien : ni
association, ni structure, ni tout simplement prise en compte de ces
hommes victimes de la violence de leur compagne.
J'ai donc
décidé de créer mon association afin d'apporter un soutien
psychologique à ces hommes perdus, terrorisés, torturés
psychologiquement mais parfois aussi physiquement, via une permanence
téléphonique. Il s'agit pour eux de trouver -enfin- quelqu'un qui les
écoute parler de leur situation, de quelqu'un qui peut accepter qu'ils
pleurent et surtout de trouver une personne au moins qui les croit et
ne les dénigre pas. Il s'agit alors de leur montrer qu'ils peuvent
regagner leur dignité.
-Existe-t-il une définition admise de la violence conjugale?
Oui bien sur il y a celle du code pénal (La loi n° 92-683 du 22 juillet 1992 modifiée par la loi n° 2006-399 du 4 avril 2006). La
reconnaissance de la violence conjugale concerne depuis peu non
seulement les couples mariés, mais aussi les personnes déjà séparées
(les « ex »), les concubins et les pacsés.
Néanmoins on ne parle que de violence conjugale au singulier car seule
les atteintes volontaires à la personne (coups et blessures et viols)
sont prises en compte. En effet, elles se voient et sont faciles à
prouver par un simple constat médical.
Mais
cela reste très restrictif. Rien sur les autres types de violences
conjugales : psychologique, financière, sexuelle, sociale ….
-Y a-t-il une particularité dans les violences faites aux hommes dans le couple?
Oui.
Je constate que dans les couples où c'est l'homme qui est victime il
existe une forte violence psychologique. Cela peut durer des années
avant que la compagne passe à "l'agir" de la violence physique.
L'homme déstructuré psychiquement n'est plus en état d'anticiper et de
réagir. C'est alors que les coups, les morsures, les coups de pieds
peuvent pleuvoir.
Alors que dans les couples où c'est la femme qui est victime, cela
débute souvent par la violence physique. Il s'agit d'installer le
souvenir de la souffrance physique. La violence psychologique
s'installe par la peur des représailles puis la déstructuration de la
personnalité se réalise petit à petit.
En fait, les «méthodes» sont les mêmes mais elles n'apparaissent pas dans le même ordre chronologique.
-L'on
admet généralement que les statistiques de la violence conjugale sont
en dessous de la réalité concernant les hommes, en France. Selon vous,
quelle estimation se rapproche le plus de la réalité? Existe-t-il des
statistiques plus fiables dans d'autres pays et qui pourraient
s'appliquer au nôtre?
En France difficile de savoir exactement. On
constate simplement que le nombre de plaintes de femmes victimes à
tendance à diminuer alors que les plaintes des hommes victimes sont en
légère augmentation. Si l'on se fie aux différentes études sur le
sujet, le chiffre noir des statistiques des hommes victimes est
important.
En Amérique du Nord, les études ont démontré que les meurtres au sein
du couple étaient en diminution et cela depuis le début des années 90
(début de la communication de prévention sur la violence au sein du
couple). Les Canadiens ont dès 1999 lancés de grandes études
statistiques sur le sujet. La plus importante à ce jour est celle de
2007 où les chiffres parlent d'eux mêmes. Il y est même fait référence
à 196 études et analyses réalisées entre 1997 et 2007 dans le monde
entier qui montrent que la violence exercée par les femmes envers leur
compagnon est égale, et parfois même plus élevée, que celui de la
violence commise par les hommes.
-Un
homme a généralement plus de force qu'une femme. Comment explique-t-on
qu'un homme puisse recevoir des coups d'une personne plus faible, sans
réagir, sur des délais parfois très longs?
Tout d'abord de
façon générale, les hommes –tout comme les femmes- ne se mettent pas en
couple avec la volonté d'entrer dans la violence. Chacun de nous est
capable d'être violent. On nous a appris à nous retenir, à user de
notre intelligence pas de notre force musculaire. On sait qu'on peut le
faire, mais on préfère régler nos conflits sociaux comme amoureux d'une
façon plus «intellectualisée».
Ensuite, les hommes victimes de violence physique sont d'abord
passés par la phase de destruction mentale. Rabaissés, humiliés,
continuellement traités de «bons à rien, mauvais à tout» même devant
les enfants, privés de leur capacité de décision et d'action, petit à
petit ils perdent leur réactivité. Ils ne savent plus agir par eux
mêmes. On a affaire à un vrai lavage de cerveau. L'homme est sans cesse
dans l'obéissance parce qu'il ne sait plus faire autrement mais aussi
parce que chaque «rébellion» donne lieu à des éclats voire à des
représailles.
Enfin, ces femmes violentes savent utiliser la
loi pour elles. En fait parfois elles n'attendent que ça : que leur
compagnon réagisse. Cela leur permettra de déposer plainte pour
violence conjugale s'il frappe à son tour ou abandon de famille s'il
part du logement et avec toutes les sanctions immédiates que cela
sous-entend : garde à vue, interdiction d'approcher du foyer,
interdiction de voir les enfants…. Elles le disent d'ailleurs à leur
compagnon. Donc s'il réagit, il se met immédiatement dans son tort. Les
représentants de l'ordre tout comme la Justice portant plus de poids
aux dires d'une femme qu'à celle d'un homme.
-Lors
d'un précédent article sur ce sujet, des intervenants se sont offusqués
de ce que l'homme puisse être décrit comme étant victime d'une femme,
rappelant combien les femmes sont victimes des hommes, par trop
souvent. Comment accueille-t-on votre association d'une manière
générale?
Les associations d'aide aux femmes victimes de
violence conjugale font comme si SOS Hommes Battus n'existait pas. J'ai
demandé à plusieurs d'entres elles de bien vouloir mettre un lien de
leur site vers le mien, cela m'a toujours été refusé.
Le fait que l'association soit présidée par une femme fait que nous ne
sommes pas attaqués de toute part. C'est plus «sournois». Certaines
féministes ou femmes victimes de violences n'hésitent pas à contacter
les étudiant(e)s qui travaillent sur le sujet des hommes victimes en
les insultant et en les accusant de «traîtrise».
L'association fait néanmoins son chemin par le bouche à oreille :
services de mairie, assistantes sociales, éducateurs, médecins… donnent
nos coordonnées.
-L'association
se retrouve sous la forme d'un blog, avec un forum. Dans le cadre de
l'association, vous tenez aussi une permanence. Recevez-vous de
nombreux appels?
Oui, en tout cas par rapport à ce que j'en attendais !! Au
départ je n'ai pas décompté ni pris note des appels car je ne pensais
pas avoir affaire à un tel phénomène. J'ai du commencé à prendre en
compte le nombre d'appelants à partir de mars 2008. A l'heure où
j'écris la permanence de SOS Hommes Battus a reçu plus de 450 contacts,
par téléphone mais principalement par email. Soit environ 2 contacts
par jour. Étrangement, il n'y a pas d'appel ou d'email pendant les
périodes de vacances scolaires.
-Selon vous, est-il
nécessaire que les infrastructures évoluent, par exemple avec des
centres d'accueils à l'égal des femmes et pour quelles raisons?
Il
ne faut pas qu'elles évoluent, il faut qu'elles soient créées !!
Aujourd'hui il n'existe rien pour les hommes victimes de violences
conjugales. Le 3919 est pour les femmes victimes. Les hommes y sont
reçus sèchement et on ne leur propose pas grand chose. Les centres
d'accueil pour victimes de violences conjugales ne sont pas adaptés
pour les hommes. Les rares qui acceptent d'en recevoir hésitent car
cela pose problèmes pour les femmes victimes de croiser si tôt un
homme, ce qui peut se comprendre.
-Existe-t-il des
infrastructures pour les hommes, dans certains pays européens, ainsi
que dans le monde? Quels sont les ressorts qui en ont permis la mise en
place ?
Oui, en fait les violences conjugales faites aux hommes sont prises en compte dans d'autres pays.
D'abord citons l'Allemagne qui a mis en place des structures d'accueil,
certaines pour les hommes victimes mais d'autres aussi pour les femmes
agresseuses.
La
Suisse, bien qu'encore peu concernée par cette problématique, vient
néanmoins d'ajouter à son foyer d'accueil pour les femmes victimes de
violences conjugales, une "aile" pour accueillir les hommes victimes.
Et c'est tout en Europe. La
problématique des hommes victimes de violences conjugales est très
prise en compte dans certains pays d'Afrique (Kenya, Ouganda, Tanzanie,
Malawi, Zimbabwe, Botswana, Namibie, Afrique du Sud, Mozambique, Rwanda
et Burundi). Contre toute attente, dans ces pays, les violences faites
aux femmes ne sont pas considérées voire sont niées, alors que celles
faites aux hommes sont étudiées et donnent lieu à des actions de
prévention ou d'accueil.
En Afrique du Nord, les violences conjugales dont les hommes sont
victimes sont extrêmement dénoncées. S'il n'existe pas d'institution
pour les suivre, il existe des actions de prévention et de
communication sur le sujet (Algérie, Maroc, Iran...).
Aux Etats-Unis, chaque état a mis en place des structures d'écoute et
d'accueil pour les hommes victimes. Les dernières études menées par le
"Department of Justice" chiffrent 1,3 millions de femmes et 835 000
hommes victimes de violence conjugale physique.
Enfin, bien sûr, au Canada et au Québec sont réalisées de très
nombreuses études sur les violences conjugales. Il existe une
communication gouvernementale, des associations, des institutions pour
aider les hommes victimes de violences conjugales. D'autant plus que
leurs études tendent à démontrer que la violence conjugale envers les
hommes est plus fréquente que celles envers les femmes !
-Cette violence conjugale envers les hommes est-elle un fait nouveau?
Non.
Si vous regardez bien les images d'Epinal vous constaterez que ce n'est
pas nouveau. Qui n'a jamais vu la représentation d'une femme armée d'un
rouleau à pâtisserie cachée derrière la porte en attendant son mari ?
Qui n'a jamais entendu dire que l'homme ne fait pas la loi chez lui ?
Mais cela était censé faire rire car on était dans la caricature
sociale avec des rôles soit disant inversés : un homme faible et une
forte femme, mais en fait cela ne faisait que mettre au grand jour les
différences entre ce qu'on montrait à l'extérieur et ce qui se passait
lorsqu'on arrivait chez soi.
-Les victimes de violence
conjugales sont-elles des personnes plus vulnérables que d'autres, à
travers leur passé affectif par exemple? Ont-elles tendance à se
sous-estimer par rapport à leur compagnon avant même que violence ne
leur soit faite?
Ce n'est en rien un problème d'estime de
Soi. Mais vous avez raison de le souligner, il existe un problème
affectif. On est face à des hommes qui aiment les femmes, leur mère,
leur compagne. Ils les mettent au dessus de tout. J'ai maintes fois été
surprise de constater que les hommes victimes regardaient leur compagne
comme « une madone sur un piédestal ». L'homme victime admire sa femme,
est prêt à tout pour elle, il est à genoux devant elle. Il finit par
céder à ses tous ses caprices, à toutes les exigences. C'est d'ailleurs
souvent lorsque l'homme n'est plus en moyen de répondre à une exigence
(problèmes financiers par exemple) que la femme devient ouvertement
agressive voire passe à l'acte.
-Au-delà de la personnalité de chacun, existe-t-il des éléments déclencheurs à la violence dans le couple?
Oui, mais dire cela c'est ne pas prendre en compte le passé de l'agresseuse. Les
études canadiennes le démontrent et les témoignages que je reçois le
confirment : ces femmes semblent souvent atteintes de troubles de la
personnalité avec des incapacités à supporter la frustration, avec des
crises de colère aiguës, issues d'une famille dans laquelle la violence
par les hommes (père ou frère) est déjà présente. Elles ont été des
adolescentes mal dans leur peau, agressives ou violentes.
Contre toute attente, ces femmes se « calment » avec l'accès au travail
ou à l'autonomie. Dès la mise en couple, certains traits
réapparaissent, mais comme cela reste du domaine de ce que le conjoint
qualifie "d'acceptable", cela passe.
Si toutes les situations ne se ressemblent pas, je note néanmoins une
forte mise en place de la violence psychologique tout de suite après la
naissance du premier enfant. Le
passage à la violence physique s'effectue souvent lorsque le compagnon
se rebelle, envisage de partir ou de divorcer. C'est alors clastique.
-Il se dit parfois que la violence conjugale envers les
femmes découle d'une société patriarcale. Avez-vous conscience de ce
que votre initiative peut remettre en cause certaines idées sur notre
société?
La seule chose que je remets en cause c'est la
vision féministe actuelle qui veut que la femme ne soit qu'une victime
soumise dès sa naissance. A croire que les femmes ne sont pas capables
d'être dominantes, qu'elles ne sont pas dans "l'agir", qu'elles ne
peuvent avoir de la violence en elles. Les faits divers nous démontrent
tous les jours qu'il n'en n'est rien. De lointains souvenirs nous
ramènent aux comportements des gardiennes de camps pendant la guerre et
plus près de nous les photos prises à Guantanamo, nous montrent que les
femmes agressent, torturent autant que les hommes.
En poussant le raisonnement au bout, on peut se dire que reconnaître
qu'un homme puisse être victime d'une femme, c'est reconnaître
l'égalité des femmes dans leur liberté d'action et de pensée.
-Qu'attendez-vous du rapport de la mission du député Guy Geoffroy, sur
la violence psychologique dans les rapports conjugaux, qui sera rendu
durant le mois de juin ?
Pas
grand-chose, j'en ai peur. SOS Hommes Battus a bien sûr écrit à
Monsieur Geoffroy. La réaction de son staff a été de me demander des
données sur les violences faites aux hommes. Comme s'ils n'avaient pas
accès aux statistiques police et gendarmerie !! En tout cas SOS Hommes
Battus n'a pas plus été convié à participer aux réflexions de la mission qu'aux Assises sur les violences intra-familiales ! On
ne peut qu'espérer que la cause des hommes victimes de violences
conjugales sera considérée.
-Enfin, quel conseil donnez-vous aux victimes de violences conjugales?
Partir !!! C'est
facile d'écrire cela car la victime de violences conjugales est dans le
déni de sa situation. Hommes comme femmes victimes se sentent coupables
de ce qui leur arrivent. La prise de conscience est parfois longue. De
plus, ces victimes n'ont plus l'habitude de réfléchir et d'agir par
eux-mêmes. Or avant même de fuir la situation critique il leur faut
avant tout retrouver les capacités d'action propre.
C'est alors seulement que le processus de mise à distance peut se
mettre en place. Soit la personne qui agresse est accessible aux soins
et on peut espérer que cela s'arrange. Soit elle ne l'est pas (par sa
volonté tout simplement en général) et il faut accepter de quitter une
personne destructrice. Pour se reconstruire et pour retrouver sa
dignité.
-Je tiens à rappeler que vous avez également écrit un guide sur les hommes battus. Comment peut-on se le procurer?
Oui,
c'est un petit guide d'une vingtaine de pages que j'ai rédigé, que l'on
peut glisser dans sa poche, qui explique ce que sont les différents
types de violences conjugales, comment savoir si on est en situation
d'abus et qui donne aussi quelques «trucs» pour s'en sortir.
Il est disponible uniquement via le site de SOS Hommes Battus ou sur mon site professionnel.
Le 5 mars dernier paraissait dans le Nouvel observateur, un article autour de la violence conjugale, avec pour titre : "Violences faites aux femmes/ Les mots et les coups".
S'en suivait la révélation d'une mission d'évaluation, commandée par
Rachida Dati et qui serait en cours, pour cerner
plus particulièrement les violences psychologique faites aux femmes. Le
rapporteur de la mission, le député UMP Guy Geoffroy, s'y exprime : "Trop de femmes sont victimes de véritables entreprises de démolition de leur personne par des conjoints pervers narcissiques".
Le député Guy Geoffroy ne s'attendait certainement pas à
recevoir, suite à ses déclarations dans le cadre de sa mission, des
courriels sous forme de réclamations. Ils émanent simplement de
mouvements impliqués dans la défense des hommes battus, que le député a
tout l'air d'oublier. Car si le sujet fait volontiers rire, dans la
réalité, et pour les victimes, ce n'est pas le cas.
Il va de soi qu'une prise de conscience autour du phénomène
psychologique dans les violences conjugales est nécessaire. Une femme
n'est pas battue du jour au lendemain par son compagnon. Cela passe par
plusieurs phases, et tout d'abord par une véritable opération de
manipulation, dans laquelle la femme sera dénigrée et sa personnalité
démolie. Il s'agit d'abord d'un rapport de domination. La victime ne
comprend pas de suite ce qui se passe. Elle est entrée dans un
engrenage qu'elle n'avait pas prévu. Pour les victimes masculines, il
en va de même.
Si dans cet article les violences faites aux femmes sont fort bien
décrites, rien, absolument rien n'est dit des violences faites aux
hommes, et pourtant, c'est bien là qu'est le véritable tabou. Ces
violences sont mal connues et seraient, dit-on, particulièrement rares,
à telle enseigne que rien n'est prévu, comme pour les femmes, pas de
centre d'accueil et pas d'accompagnement dédié à cette violence. La
situation est pourtant plus fréquente qu'il n'y parait, en témoignent
les expériences québécoises, notamment, et elle se rapprocherait de
celle des femmes assez sensiblement, y compris quantitativement.
L'origine du combat contre la violence conjugale émane des
mouvements féministes et c'est à travers eux qu'il y eut d'abord une
prise de conscience et partant une réelle organisation pour la
combattre. A l'époque, la femme était parfaitement dépendante de
l'homme, tout particulièrement au niveau financier et pour ces
féministes, les hommes étaient trop souvent vus comme des ennemis de la
femme, des ennemis intimes, à combattre, tout prêt à vouloir l'asservir
à nouveau, la cantonnant aux taches ménagères et à la
cuisine, lorsqu'ils ne profitaient pas de leur force physique pour la
soumettre.
C'est peut-être pour cette raison que la cause des hommes n'est que
très marginalement plaidée. L'homme est considéré comme un agresseur en
puissance : il a la force physique pour lui, ce qui peut se révéler
inutile face à un "adversaire" souvent plus "subtil". En effet, de tous
les témoignages d'hommes battus, il ressort que les femmes qui les
agressent ne sont pas différentes dans leur cheminement que les hommes
violents. Tout commence par un dénigrement systématique de la virilité
du compagnon. Critiqué en tant que mari, que père, qu'amant, bientôt
c'est sa vie professionnelle et publique qui sera visée, il subira
ensuite, généralement, un isolement familial.
La violence envers les hommes est plus souvent psychologique, mais
pas uniquement, et une femme qui frappe son compagnon peut souvent le
faire en sachant qu'il n'y aura pas de retour : un homme qui frappe une
femme devient aussitôt la pire des ordures, et il le sait.
Particularité consternante : les femmes violentes attendent le faux pas
de leur compagnon, ceci après diverses intimidations et provocations,
parfois après une série de gifles. Si l'homme répond de la même
manière, elles s'empressent d'aller porter plainte et obtiennent
souvent gain de cause, là où l'homme battu ne récoltera qu'un sourire
narquois de l'officier de police qui le recevra, quand ce ne sera pas
un bon gros rire bien gras.
Naturellement, ces femmes violentes vont grossir les statistiques
des femmes battues, de par leur plainte... L' homme battu par sa femme
a fatalement honte de lui-même. Il s'enferme dans une attitude de
négation, s'il ne part pas aussitôt. Cela n'est pas venu seul et n'est
pas plus risible que lorsqu'une femme reste auprès d'un homme violent,
en espérant qu'il changera.
Comme les femmes, l'homme a peur pour ses enfants. Face à une
personne déséquilibrée, il craint que toute cette violence ne
rejaillisse sur eux (et de fait, les statistiques lui donnent raison :
les enfants sont plus souvent maltraités par les mères que par les
pères). La femme manipulatrice sait très bien ce qu'elle fait, elle
n'ignore en rien que la loi sera de son côté, elle n'ignore pas que
l'homme sera aussitôt jugé coupable. Elle agit en conséquence.
Sophie Torrent, diplômée du département social de l'université de
Fribourg, a consacré un livre sur ce sujet : "Pour la majorité des
gens, explique-t-elle, parler d'hommes battus est incroyable, pourtant,
la triste réalité est qu'il existe des hommes battus. Sauf que ceux-ci
n'en parlent pas et qu'ils ne peuvent, contrairement aux femmes compter
sur des ressources communautaires pour les aider à sortit du cycle
infernal de la violence conjugale".
Au Québec, une étude relativement récente, estime que 8% des femmes
ont subi des violences conjugales, comme... 7 % des hommes. La violence
est souvent psychologique, mais elle peut aussi être physique : les
femmes sont moins fortes, mais elles utilisent des objets pour
compenser, ce qui peut faire des dégâts considérables aussi bien
physiquement que psychologiquement. L'on estime également que des
suicides peuvent être dûs à le violence psychologique pratiquée par la
compagne, bien qu'ici encore, il soit difficile d'émettre des
statistiques fiables.
Au Québec, en Allemagne et en Suisses, des centres existent déjà
pour accueillir les hommes battus, mais pas en France. Pourtant la
situation n'a aucune raison d'être différente, le manque de
statistiques réellement fiable est pour beaucoup lié au silence qui
entoure cette problématique. D'autant que, puisque les mots manquent,
il devient difficile pour les hommes de cerner la violence qui leur est
faite.
En France, il n'existe aucun organisme pour les hommes battus et
les organismes réservés aux femmes n'accueillent pas les hommes. Ils
peuvent, dit-on, contacter le 3919. Une initiative isolée et non
officielle existe toutefois : SOS hommes battus,
avec un numéro d'appel non surtaxé. La personne qui tient le blog (car
il s'agit aussi d'un blog), recense les différents témoignages qui lui
sont faits. Le site semble incontournable sur le sujet.
Même un homme corpulent peut être victime de cette violence, face
à une personne déséquilibrée, dans tous les milieux et de toutes
origines. C'est la raison pour laquelle il ne serait sans doute pas
anodin d'écrire au député en charge de la mission d'évaluation (son
adresse : ggeoffroy@assemblee-nationale.fr
), pour que les personnes coupable de violence conjugale soient enfin
prises pour ce qu'elles sont en dehors de leur "genre" : une femme
aussi peut-être violente, notamment psychologiquement et il se trouve
que c'est tout le sujet de l'évaluation.
-------------------------------------------------
- 80% des hommes vivant cette situation seraient pères, parmi
eux, 12% sont séparés ou divorcés. Les femmes sont les plus souvent
citées dans les violences envers les enfants.
- Selon France soir, dans une enquête sur le sujet, "8 à 10 % d'hommes seraient victimes de violences conjugales."
"En 2006, 31 d'entre eux sont décédés, soit un décès tous les 13 jours.
Par
comparaison, 10 % des femmes se déclarent victimes de violences
conjugales et une femme est tuée par son compagnon tous les 4 jours."
- Un article de l'Express relate comment des anglais se réunissent dans un pub, avec tous la particularité d'être battus par leurs femmes.
L'article précise que : "Sur 341 victimes de violences
domestiques, 45% sont des hommes et 17% des femmes, d'après les
conclusions d'un groupe de médecins du Leicestershire, dans un rapport
rendu public par le département britannique de la Santé "
- L'Express a publié aussi un document sur les maris battus
C'est la dernière polémique en date sur le net. La vidéo passe et
repasse d'un site à l'autre, d'un blog à l'autre. Elle est choquante,
elle révulse, elle révolte. Pourtant sa violence n'est pas inhabituelle
en banlieue, elle serait même plutôt courante. Il n'y a guère que les
personnes éloignées de ces enclaves pour ne pas s'en rendre compte.
Ce sont des caméras de sécurité qui filment la scène dans un bus et
c'est un policier qui les auraient mises en circulation. La ratp
mènerait actuellement une enquête interne pour constater de
l'authenticité de cette vidéo, sur laquelle les visages ne sont pas
floutées.
Est-ce une mise en scène? Il n'y a pas vraiment lieu de douter de sa
véracité. Le tout semble bien véridique et ce genre de scène n'est, je
le répète, pas une rareté. Il suffit de sortir le soir de la fête de la
musique dans les endroits populaires pour le constater ou même dans
d'autres soirées équivalentes, il suffit d'avoir assisté à certaines
scènes de violence de ce type. Il n'y a rien de plus réaliste!
Sur la vidéo un jeune homme dans un bus se fait fouiller son manteau
par un voyou, tandis qu'un autre le distrait. Petit à petit, les choses
s'enveniment. Il faut dire que la victime n'ose rien dire, le peut-elle
d'ailleurs? Il est la victime idéale, pas trop virulent. Le petit
groupe qui se trouve derrière se jette d'un seul coup sur lui et le rue
de coup. Personne ne dit rien dans la bus, dans un premier temps.
Le jeune homme est à terre, il est rapidement sonné. Mais le groupe
s'acharne en hurlant. Il ne réagit toujours pas aux coups de ces
agresseurs qui persévèrent. Puis le groupe s'échauffe encore et les
personnes qui interviennent sont ruées de coups. Car cette vidéo
s'écoutent également : "Sale français" lancent les voyous, en cognant
de plus belle. Le chauffeur du bus est impuissant. Il se contente
d'appeler la police, mais bien tardivement.
Les petits vandales sortent et reviennent dans le bus, avant de s'enfuir. Ils seront interpellés un peu plus tard par la police.
Le policier qui a transmis la vidéo l'a fait depuis facebook et son profil aurait été retiré par la suite. Contacté par 20 minutes,
il aurait annoncé "Je vais retirer tout de suite la vidéo. Si l'IGS [la
police des polices, ndlr] est au courant, je perds mon emploi" avant
d'ajouter "Je ne pensais pas qu'autant de monde verrait la vidéo, nous
explique le policier. Elle était juste destinée à mes amis"
Le plus troublant de tout cela, sont les réactions de certains
internautes, qui se contentent de se révolter de la mise en ligne de
cette vidéo. Elle a d'abord transité par des blogs dits
"d'extrème-droite", ce qui fait hurler au complot. Mais un fait est un
fait, une réalité est une réalité, d'où qu'elle vienne.
Ne doutons pas que les vandales du bus ne seront pas inquiétés pour
propos racistes. Cela ne leur est pas réservé. Personne non plus n'ira
dire combien cette haine qui se développe dans ces actes a un fond de
violence profondément raciste. En société, il faut savoir rester
correct. Ce sont des jeunes, nous dira-t-on...
Mais si nous changions les scènes, en mettant un paisible arabe, un
africain ou un juif à la place de la victime, agressés par des skined
tenant des propos racistes équivalents, nous entendrions aussitôt la
réaction outrée des mêmes internautes, qui crieront au scandale, avec
les associations antiracistes en tête.
Le président et le premier ministre se déplacerait, inviterait la
famille, déclarerait presque la patrie en danger tout en dénonçant
d'atroces crimes racistes sur le territoire, comme s'il s'agissait
d'une habitude.
Au fait, depuis le temps, ces fameuses associations sont restées
muettes. L'agression date du 7 décembre dernier... Peut-être
n'ont-elles pas encore trouvé le temps... (?)
Que les âmes sensibles s'abstiennent de voir la vidéo, tout à fait violente...
La vidéo ayant été rejetée par le site de partage qui la diffusait, elle ne reste disponible que sur le site Rutube . (cliquer pour la voir)
Le 22 février dernier à Bagneux, ville dans laquelle Ilan Halimi avait succombé à la barbarie d'un "gang", un jeune homme de 18 ans (ou de 19 ans selon les journaux) était séquestré et passé à tabac pendant plusieurs heures par six personnes âgés de 16 à 25 ans. La police ayant révélé des atteintes à caractère "raciste" et "homophobe" ( bien que le terme serait plutôt "antisémite" selon les critères en cours), les journalistes et diverses associations ont relayé l'affaire sordide, à l'occasion de l'évocation de l'affaire au tribunal.
Tout aurait commencé au sujet d'un camescope volé, que la victime ne possédait pas et d'une prétendue dette. Les jeunes gens se connaissaient manifestement, les services de police diront effectivement que le jeune homme leur est connu, comme probablement ses agresseurs. Séquestré, de 10h00 à 19h30 selon la presse, dans un appartement puis dans un box, menotté, il est battu, attaché avec des menottes, frappé et contraint d'avaler des mégots de cigarette avant que ces agresseurs n'écrivent sur son visage au typex, ou au feutre, les termes de "sale juif" et de "sale pédé", ce que les agresseurs semblent avoir admis.
Il n'en fallait pas plus pour que les associations juives et anti-racistes se mêlent de la chose, avec des déclarations relatées dans la presse, criant à l'antisémitisme et au racisme et parmi lesquels le MRAP se distingue par son discours : "cet acte ignoble relève du racisme qui appelle à une sanction à la hauteur du caractère abominable des faits." tandis que la Licra parle de "banalisation de l'antisémitisme", ce qui n'est pas faux dans les expressions employées. Curieusement selon la presse toujours, les agresseurs, qui ne brillent pourtant pas pour cet acte par leur intelligence, ont pris soin d'effacer les deux inscriptions avant de laisser repartir leur victime (non sans lui dire “Si tu parles, on te marave"), très choquée mais relativement indemne, qu'ils avaient forcé à ingurgiter de l'alcool et qui est partie dès le lendemain porter plainte devant les services de police.
Pour les habitants de Bagneux, il n'y a aucun doute. Il s'agit d'un crime crapuleux entre jeunes gens. La directrice du cabinet du maire le dit aussi : "Le mobile est crapuleux, a priori, il n'a pas été agressé parce qu'il était juif." Les habitants tiennent des discours tout à fait cohérents avec cette déclaration. Une boulangère, selon 20 minutes le dit : "Il n'y a aucun rapport avec l'affaire Halimi, ce sont les médias qui relient artificiellement les deux histoires. "Sale juif", c'est le genre d'insultes qu'on peut malheureusement entendre quotidiennement. Tous ces jeunes, y compris la victime, se connaissaient depuis longtemps, ça ne peut être qu'un règlement de comptes". Des problèmes de drogue sont évoqués par d'autres personnes.
Dans les journaux, on comprend rapidement que le père du jeune homme est juif mais pas sa mère, qu'il est totalement athée, que son nom est à consonance juive, et qu'au premier abord tout semble indiquer que toute l'histoire n'est liée qu'à des jeunes gens en "affaire" entre eux et qui ont subi un désaccord sur de l'argent relativement "sale". Le magistrat lui-même tempère. Au premier abord il s'agit donc d'un crime crapuleux commis par des jeunes gens mal élevés, racistes, et surtout profondément bêtes, mais dont le mobile est ailleurs. Un vague fait divers donc, mais qui n'a pas empêché que les associations anti-racistes réagissent avec toute la virulence possible. L'affaire, plutôt que de renvoyer à celles d'Ilan Halimi, renverrait donc plutôt à celle des agressions d'Epinay Villetaneuse, avec une première agression envers un juif, puis une série d'agressions de la même personne envers tous types de communauté. Là aussi les associations s'étaient hativement jetées sur l'information pour conclure à l'antisémitisme.
Ne reste qu'à féliciter la presse qui est restée prudente et les politiciens, qui pour cette fois, ont su rester en retrait... sauf à constater que certains endroits du territoire recèlent une violence inadmissible, que tout un chacun est susceptible de supporter un jour. Le jeune homme s'est enfui de Bagneux et son père lui-même déclare, selon le Figaro , "Moi-même, je suis très inquiet et j'envisage de déménager pour échapper à ces voyous". Ses voyous font la loi, ils passent au tribunal, mais le jeune homme a quand même peur, ainsi que sa famille. A méditer... A méditer aussi l'attitude des associations. Qu'auraient-elles dit si la victime n'avait pas été soi disant "juive", ou assimilée? Nul ne le sait! Au moins, elles restent dans leur rôle.